La lettre de Guy Môquet suscite la polémique

22 octobre 2007
La lettre de Guy Môquet suscite la polémique
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Contrevenant aux injonctions de Nicolas Sarkozy, de nombreux enseignants ont refusé de lire à leurs élèves la lettre d'adieu du jeune résistant Guy Môquet, tué à 17 ans par les Allemands, le 22 octobre 1941.
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Au coeur des débats s’immisce une question cruciale: faut-il sacraliser le martyr juvénile? 

Mais d’abord, pourquoi la lecture de cette lettre a-t-elle suscité tant de polémiques en France? A cela, plusieurs raisons. D’abord, c’est une lettre d’adieu très intime qui s’adresse à la famille et ne parle ni de résistance, ni de guerre. Lire cette lettre revient donc à résumer Guy Môquet à sa seule mort. Son combat aux côtés des communistes n’est pas évoqué, de même que les zones d’ombre qui entourent sa mort. La lettre ne dit pas que c’est la police française qui l’a interpelé et que c’est Vichy qui a insisté pour que les condamnés soient choisis parmi les communistes. Et puis il y a le contenu de la lettre qui a alerté un psychiatre, frappé de constater les similitudes entre cette lettre d’adieu d’un condamné à mort et les lettres d’adieu que rédigent les jeunes suicidaires, ce qui n’est absolument pas la même chose. Il y avait donc risque de confusion auprès des adolescents dont on sait qu’ils sont particulièrement sensibles sur ce sujet. 

L’histoire de l’art apporte sa pierre à l’édifice de la contestation en montrant que la sacralisation de la mort juvénile se fait toujours sur le dos de la vérité, et qu’elle sert en premier chef des idéologies totalitaires. Prenez le peintre Jacques-Louis David, chantre de la Révolution française, à qui l’on doit « La mort du jeune Bara », une toile pathétique où s’exhale le dernier soupir d’un enfant martyr. La légende veut que ce garçon de 13 ans se soit engagé volontairement dans les armées de la République contre la sédition vendéenne. Entouré de Chouans qui lui demandaient de crier « Vive le roi ! », Bara serait mort en criant « Vive la République ! » David l’a représenté à l’antique, c’est-à-dire nu, couché sur le sol, agonisant, mais serrant encore sur son cœur la chère cocarde tricolore. En réalité, Bara était palefrenier. Le 7 décembre 1793, alors qu’il promenait des chevaux, il fut détroussé et tué par des voleurs. Outre Bara, l’histoire de l’art pourrait citer Pavlik Morozov, l’icône soviétique par excellence du martyr adolescent que tous les peintres du réalisme stalinien ont immortalisé pour avoir dénoncé son père qui cachait des denrées alimentaires, ce qui valut au bambin d’être lynché par les habitants de son village. Ou encore Horst Wessel, ce jeune Allemand qui abandonna l’école pour rejoindre les S.A. et fut tué dans une rixe à Berlin. Goebbels en fit une vitrine de la jeunesse aryenne et l’on retrouva sa frimousse sur toutes les affiches de propagande nazie. 

Que conclure de tout cela si ce n’est qu’un enfant n’a rien à faire sur un champ de bataille, que ces icônes de martyrs en culottes courtes consomment la défaite du monde adulte, que cette glorification d’un sang juvénile est peut-être l’expression la plus aboutie du cynisme et de la bassesse humaines. 

La gifle et la fessée bientôt interdites en Suisse

15 octobre 2007
La gifle et la fessée prohibées en Suisse
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La Suisse s'apprête à interdire aux parents tout châtiment corporel à leurs enfants.
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Education

Après la Suède, la Finlande et d’autres pays européens, la Suisse va prochainement interdire aux parents tout châtiment corporel à leurs enfants, à commencer par la gifle et la fessée.

Pour une fois, il s’agit-là d’une atteinte à la liberté individuelle dont je me consolerai bien vite. Sur ce thème, en effet, les pédopsychologues semblent unanimes : la fessée ou la gifle ressortissent à une forme de maltraitance d’autant plus pernicieuse que son alibi éducatif l’a longuement justifiée, voire recommandée. Lequel d’entre nous en effet, n’a pas entendu, au sortir d’une fessée à coups de badine, de tape-tapis, de ceinture, de férule ou tout simplement à la main, cette sentence implacable : « C’est pour ton bien ! »

Dès lors, en bannissant le châtiment corporel, la Suisse s’apprête à inverser les valeurs. Ce qui était la norme devient aujourd’hui tabou. Or cela risque de modifier considérablement la lecture d’un célèbre tableau du peintre surréaliste Max Ernst, datant de 1926, et intitulé La Vierge corrigeant l’Enfant Jésus en présence d’André Breton, de Paul Eluard et de l’artiste. On y voit Marie qui a couché le Christ nu sur ses genoux et lui administre une raclée si retentissante que le Fils de l’Homme en perd son auréole. Par l’entrebâillement d’une fenêtre, les trois surréalistes considèrent placidement la scène. Athée militant, Max Ernst entendait se moquer de l’Eglise et mettre à mal l’iconographie religieuse, traditionnelle et compassée : Marie, douçâtre et asexuée, tenant sur ses genoux un Jésus bien trop sage.

Mis sous les feux de l’actualité, le tableau change en effet de signification. Marie est désormais une mère de famille qui prône la manière forte en matière d’éducation. Du coup, on fait davantage attention à André Breton et à Paul Eluard représentés à l’arrière-plan du tableau. Car leur relation à l’enfant fut ambiguë. Ainsi Breton avait-il une fille dont il ne se préoccupa que lorsqu’elle eut atteint l’âge de 16 ans. Quant à Eluard, il avait une fille, Cécile, qui fut principalement élevée par ses grands-parents. Lorsqu’elle passait le week-end chez son père, celui-ci lui demandait d’aller sur le trottoir quand il recevait du monde à la maison, tant il avait honte de son statut de père de famille petit-bourgeois. Et si d’aventure quelqu’un demandait à Cécile ce qu’elle faisait toute seule dehors, elle avait l’interdiction de dire qu’elle était la fille d’Eluard…

La toile de Max Ernst met donc en scène un quarteron de bourreaux d’enfants qui se sont donné rendez-vous dans un même tableau. Quand on voit comment la fessée est associée sur Internet aux plaisirs scabreux et pervers, on se dit qu’il est urgent que les parents se trouvent aujourd’hui dépossédés d’un tel droit…

 

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