Archive de la catégorie ‘Actualités et images’

Caroline Dechamby, l’ego tautologique

Lundi 28 décembre 2009

http://www.caroline-dechamby.com/
Album : http://www.caroline-dechamby.com/
Visitez le site de cette artiste hollandaise installée à Crans-Montana pour y découvrir l'ego tautologique de la répétition redondante du pour-moi par moi, avec effet de miroir narcissique autoréfléchissant (en option).
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Caroline Dechamby, c’est Hélène d’Hélène et les garçons chantant « Hélène, je m’appelle Hélène ». C’est la stratégie monomaniaque de la redondance iconologique d’un même corps, le sien, qui se peint en train de peindre les tableaux des autres, puisqu’elle ne saurait inventer autre chose qu’elle même. Mais comme elle ne s’est pas inventée, et puisqu’elle ne saurait rien imaginer qui la dépassât ne fût-ce qu’un tout petit peu, elle ne peut que se décliner inlassablement en train de peindre ce qui a été créé par d’autres, en l’occurrence des toiles de maîtres. Elle copie Fontana, Mondrian, Magritte, Miro et se peint en train de copier. Effet de miroir reflétant un miroir vis-à-vis, effeuillage de l’oignon au centre duquel il n’y a ni coeur ni noyau, la peinture de Caroline Dechamby ouvre sur un grand rien, un vide abyssal d’où l’on ressort en songeant rageusement à ces artistes de lumière et de misère dont le génie devait transfigurer la condition humaine, mais que l’incompréhension du siècle mena à la déchéance et à la mort.

Caroline Dechamby s’est signalée il y a quelques années en apposant ses fesses humectées de peinture sur des plaques de verre. Caroline Dechamby, qui tient galerie à Crans-Montana où elle s’expose, offre ainsi son vase aux passants. Un vase où trempe un triste Narcisse.

 

 

Michael Lin ou la revanche des menus objets

Jeudi 17 décembre 2009

Biennale dart contemporain de Lyon 2009
Album : Biennale d'art contemporain de Lyon 2009
A visiter absolument jusqu'en janvier 2010 à la Sucrière, pour ne pas regretter d'avoir manqué l'installation de Michael Lin.
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A la Biennale d’Art contemporain de Lyon 2009, Michael Lin, qui n’est pas un inconnu ici puisqu’il y était déjà en 2005, propose une installation des plus originales. Le visiteur pénètre à l’intérieur d’une quincaillerie de Shanghai dont l’artiste a acheté l’intégralité des marchandises. S’étant ensuite livré à une activité proprement muséologique, consistant à répertorier, étiqueter, classer, archiver les innombrables articles, Michael Lin les expose en majesté dans des présentoirs, c’est-à-dire de grandes caisses de bois dont le format variable s’adapte à la qualité et à la forme des objets. Le visiteur se recueille ainsi devant des cendriers antédiluviens, des cuvettes en plastique, des brosses à récurer, un service à thé particulièrement kitsch, de pauvres objets en somme, sentinelles silencieuses et dociles de notre quotidien, de nos pratiques prosaïques et domiciliaires. Du capharnaüm étincelant de la quincaillerie, où ils s’entassaient, s’empilaient, s’amassaient, se congloméraient, dans un désordre de couleurs, les objets accèdent soudain à l’ordre, au silence et à la dignité culturelle que lui confère le lieu, que lui alloue le public. Abandonnant leur fonction utilitaire, ils accèdent à la beauté inutile de leur forme et de leurs couleurs, ils s’esthétisent.

S’agit-il d’une réminiscence du pop-art? Peut-être, mais la démarche semble exactement inverse. Avec Andy Wharol, l’art « descendait » dans le panier à commissions ou le caddy de la ménagère. Avec Michael Lin et son installation « What a difference a day made », les objets, comme réveillés de leur banalité pragmatique, s’élèvent et accèdent au rang d’oeuvre d’art.

 

De septembre 2007 à novembre 2009, ce qui a changé…

Dimanche 8 novembre 2009

Conseil fédéral, image controversée
Album : Conseil fédéral, image controversée
Avec ce photomontage s'achèvent mes chroniques "Actu côté culture" à l'antenne d'Espace 2. Le blog continue cependant...
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Pour ma dernière chronique dans le cadre des Matinales d’Espace 2, je me suis demandé ce qui – de septembre 2007 à novembre 2009 – avait changé. J’ai ainsi parcouru mes chroniques hebdomadaires et j’ai constaté que Christoph Blocher n’était plus conseiller fédéral, que Jean-Pierre Gattoni n’écrivait plus ses chroniques Au jour le jour dans « Le Matin », que l’ancien procureur de la Confédération, Valentin Roschacher, qui peint des montagnes comme on empile des classeurs fédéraux, n’avait pas encore consterné les cimaises d’une galerie romande, manquerait plus que çà…, que Nicolas Sarkozy avait épousé Carla Bruni afin que les Français cessâssent de s’intéresser à la visite controversée de Kadhafi à Paris, il y a peut-être une piste à suivre dans notre différent avec le leader lybien, non… ?, que le canton de Vaud n’était toujours pas doté d’un musée cantonal des Beaux-Arts digne de ce nom, que Christophe Mörgeli, appelé incidemment Mörgele-Menggele par Pascal Couchepin, était un miraculé de la circulation, que les JO de Pékin n’avaient pas fait l’objet d’un boycott, malgré notre cri d’indignation lancé à ce micro, nous sommes peu de choses, mon Dieu !, que les molosses et autres chiens imbéciles n’avaient pas défiguré suffisamment d’enfants pour qu’une législation fédérale les interdise enfin, que Jean-Pierre Elkabbach, qui avait annoncé par erreur la mort de Pascal Sevran, n’était plus le patron d’Europe 1, que le député au Grand Conseil vaudois UDC Pierre-Yves Rappaz, qui se déclarait cliniquement « anorexique de la culture », était toujours vivant, que Laurence Ferrari était toujours sur TF1, malgré le naufrage de son JT, que l’Agassizhorn, cette montagne des Alpes bernoises que d’aucuns voulaient débaptiser sous prétexte que le célèbre glaciologue Louis Agassiz avait émis des thèses racistes à l’encontre des Noirs, s’appelait toujours Agassizhorn, que les protons qui tournèrent quelques jours durant dans l’accélérateur de particules du CERN à Genève n’ont pas généré de trous noirs dans lesquels la Radio Suisse romande et le reste du monde auraient dû s’évaporer, que Micheline Calmy-Rey avait troqué son voile musulman contre un sac à main rouge sang, qu’entre deux pannes, le métro lausannois desservait de temps en temps les stations de la capitale vaudoise, que Rachida Dati, avec ou sans bague à 15’000 euros n’était plus Garde des Sceaux, que George Bush n’était plus Président des Etats-Unis, que Sœur Emmanuelle avait gagné le ciel, que Monseigneur Williamson avait été poliment mais fermement prié de fermer son clapet, que Pierre Maudet voulait encore effacer quelques graffitis genevois avant de briguer le Conseil fédéral…

J’arrête ce cortège, non sans ajouter deux choses au demeurant. Premièrement, je constate que l’actualité brûlante dont la presse se fait l’écho concerne une image controversée, la photographie du Conseil fédéral remanié, où, par la grâce de Photoshop, l’on s’est contenté de copier-coller Didier Burkhalter en lieu et place de Couchepin. Ainsi, pour notre plus grand plaisir, l’image fait-elle encore et toujours débat. Deuxièmement, je voudrais simplement dire la joie que j’ai eue à me retrouver dans ce studio d’Espace 2…

Vous pouvez voir la photographie controversée du Conseil fédéral en consultant l’album ci-dessus. Et écouter une dernière fois cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cloquant sur ce lien: www.rsr.ch

Darwin et les peintres animaliers de la préhistoire

Dimanche 1 novembre 2009

La traversée du marais par Mark Hallett
Album : La traversée du marais par Mark Hallett
Grande exposition à Lausanne pour célébrer les 200 ans de la naissance de Charles Darwin. Les peintres animaliers de la préhistoire sont pour beaucoup dans la popularité de l'histoire de la vie et de son évolution.
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Ouverte il y a juste une semaine, l’exposition « Oh my God ! Darwin et l’évolution » célèbre le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et le 150ème anniversaire de la publication de son livre phare, « L’origine des espèces ». Une exposition à voir jusqu’en septembre 2010 au Musée cantonal de zoologie de Lausanne.

On rappellera que Charles Darwin est le père de la théorie dite de la sélection naturelle. Reprenant à son compte le transformisme de Lamarck, Darwin postule que les organismes se transforment par le biais de modifications internes, de recombinaisons et de mutations héréditaires. Le mécanisme moteur de l’évolution des espèces est la sélection naturelle. Seules les espèces les plus aptes se maintiennent en vie, les autres étant éliminées. Dans cette concurrence vitale que Darwin appelle métaphoriquement « lutte pour la vie », les porteurs de variations avantageuses survivront donc. La concurrence et la sélection jouant à chaque génération, il se réalise lentement une somme de changements utiles qui conduisent les espèces à évoluer toujours dans un sens favorable par rapport à l’environnement. Le moteur de cette évolution ne repose donc sur aucune finalité d’ordre théologique, mais sur la nécessité de s’adapter pour ne pas mourir.

L’histoire de la vie et de son évolution est un domaine des sciences qui doit son immense popularité à l’iconologie et à des artistes peintres qui se sont spécialisés dans la reconstitution du passé, de sa faune et de sa flore. Certes, des noms comme Rudolph Zallinger, Charles R. Knight, Henry de la Bèche, Mark Hallett ou encore Zdenek Burian ne vous disent probablement pas grand-chose, en revanche vous avez tous admiré dans des livres leurs somptueuses fresques du Cambrien, où des créatures de la faune d’Ediacara scrutent de leur trompe les fonds marins du Schiste de Burgess, et leurs représentations du Carbonifère, où des libellules aussi grosses que des goélands patrouillent au sein des forêts humides et spongieuses, à la recherche de blattes géantes, sous la frondaison des grands prêles…

L’immense paléontologue Stephen Jay Gould (1941-2002), hélas trop tôt disparu, s’est passionné pour cette peinture des temps immémoriaux et a recensé quelques caractéristiques intéressantes. Premièrement, et alors que dans la nature, j’ai peine à voir un ou deux animaux sauvages de la journée, il y a toujours pléthore d’animaux préhistoriques réunis sur la toile, animaux marins et terrestres, volant et rampant, prédateurs et proies, habitants des lacs et des montagnes. Deuxièmement, selon que le livre est adressé aux enfants ou aux plus grands, l’on représentera tantôt des comportements maternels, d’entraide et de rassemblement, tantôt, et préférentiellement, des scènes de prédation effrayantes, un ichtyosaure croquant le cou d’un plésiosaure par exemple, cependant que les scènes d’accouplement sont scrupuleusement bannies. Troisièmement, enfin, la préférence des artistes va toujours aux vertébrés. Comme si l’avènement de nos ancêtres directs avait sonné le glas de notre intérêt pour les êtres multicellulaires, pourtant bien plus nombreux. Quoi qu’il en soit, ces images font rêver. Elles nous assaillent, écrit Gould, comme un voleur dans la nuit, nous rappellent, selon le mot de Jung, que nous traînons tous derrière nous une queue de lézard…

Vous pouvez admirer plusieurs œuvres de ces peintres animaliers en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

 

 

Les riches sont surreprésentés à la télévision

Dimanche 25 octobre 2009

Abbaye cistercienne de Silvacane
Album : Abbaye cistercienne de Silvacane
L'architecture religieuse du Moyen-Age oscille équitablement entre pauvreté et richesse, selon que l'on considérait le Christ comme un Etre pauvre ou riche. Une égalité de traitement dont le télévision ne fait pas preuve, à en croire le CSA.
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On ne prête qu’aux riches ! C’est la conclusion d’un rapport que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel vient de publier à propos de la représentation des couches sociales à la télévision. Bien que minoritaires dans notre société, les classes aisées sont surreprésentées, tant dans les spots publicitaires et les journaux d’actualité que dans les émissions de divertissement et les documentaires.

Un tiers du temps d’antenne leur est en effet alloué nous dit le CSA qui voit à cela plusieurs explications : la pub, par exemple, est par définition méliorative, elle invente des scénettes idylliques, avec des environnements paisibles, des gens heureux jouissant d’un standing auquel la consommation du produit vanté contribue. Les journaux télévisés aiment généralement décortiquer l’actualité sous l’autorité d’un expert, d’un sociologue ou d’un politicien confirmé qui appartiennent tous à une couche sociale et intellectuelle supérieure. Les feuilletons à succès, de Dallas à Desperate Houswifes, nous introduisent dans l’univers cossu des patrons, des propriétaires ou des riches bourgeoises. Certes, ces derniers éprouvent des sentiments universels, partagés par toutes les couches sociales, tels que la jalousie, la mesquinerie ou la haine, toutefois ces travers, qui eussent été jugés sordides dans l’univers de Charles Dickens ou d’Emile Zola, acquièrent une sorte de grâce dès lors qu’ils concernent les riches. Enfin, on rappellera combien les frasques des stars hollywoodiennes captivent le téléspectateur moyen, le nombre d’émissions qui leur sont consacrées le prouve et l’on pense immédiatement au dessinateur Reiser qui, dans Hara-Kiri, comparaît riches d’antan et pauvres d’aujourd’hui: quand les riches allaient en vacances, c’était classe, quand c’est les pauvres, c’est un désastre écologique ; quand les riches se droguaient, c’était baudelairien, quand c’est les pauvres, c’est un fléau national… Et Reiser de conclure : « Supprimons les pauvres ! »

L’art occidental a longtemps été l’apanage des riches. Art de cour, art au service de la noblesse ou de la bourgeoisie triomphante soucieuses de s’immortaliser. Dans le domaine religieux toutefois, l’art a été confronté à l’une des controverses les plus célèbres de l’histoire du christianisme, la pauvreté ou le richesse présumées du Christ, une controverse qui allait dès le XIIe siècle influer considérablement sur sa représentation ou sa célébration. Le Christ était pauvre, il quémandait le gîte et le couvert chez l’habitant, disait St-Bernard de Clairvaux (1090-1153). Jésus est le Fils de Dieu, rien ne doit être négligé, ni l’or, ni les pierres précieuses, pour l’adorer, rétorquait Suger de Saint-Denis (1081-1151). La controverse n’ayant jamais été résolue, c’est ainsi que dans nos églises occidentales, le Christ est équitablement représenté. Dans des abbayes sobres et simples, des vaisseaux de pierres où perce une lumière naturelle tombant sur des autels épurés d’une part ; dans des cathédrales à l’enchanteresse sophistication, déambulatoire, baies immenses ornées de vitraux polyphoniques, triple élévation de la nef, voûte en lierne faîtière, colonnettes élancées retombant sur des chapiteaux ciselés d’acanthe, d’autre part. Le grand-messe cathodique devrait dès lors s’inspirer de la messe catholique…

Vous pouvez voir quelques exemples d’architecture religieuse riche ou pauvre en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

Nicolas Sarkozy & Fils, Entreprise de Népotisme

Dimanche 18 octobre 2009

Rodolphe Toepffer (1799-1846)
Album : Rodolphe Toepffer (1799-1846)
Antidote à Jean Sarkozy, Rodolphe Toepffer, fils de l'illustre peintre Wolfgang-Adam Toepffer s'est fait tout seul en inventant ni plus ni moins que la bande dessinée.
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La France entière s’émeut de la probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, l’Etablissement public d’aménagement de la Défense qui est le quartier d’affaires le plus important d’Europe. Jean Sarkozy n’a en effet que 23 ans, il n’a pas terminé ses études de droit et, surtout, il est le fils de l’actuel président…

Et cela s’appelle, pour certains, du népotisme, Claire, un terme qui désignait primitivement une pratique courante au Vatican consistant pour un pape à attribuer des titres, des donations, des faveurs aux membres de sa famille et notamment à ses neveux (nipote en italien, d’où l’origine du mot). Jean Sarkozy a beau jeu de demander qu’on le juge sur ses actes et qu’on cesse de le harceler sur son pedigree, il ne convainc guère et se retrouve confronté à une problématique aussi vieille que la première filiation de l’Histoire, la problématique du fils à papa qui se décline sur le plan de l’hérédité, du rapport conflictuel ou encore de l’émancipation.

Ainsi l’histoire romaine est-elle constellée de parricides, à l’instar de Brutus poignardant Jules César, et d’infanticides, à l’image de Lucius Junius Brutus faisant exécuter ses deux fils Titus et Tiberius. Au chapitre du 7ème art, ce n’est quand même pas un hasard si Nicolas, fils de l’acteur Jean-Luc Bideau, est notre actuel Monsieur Cinéma suisse, de même que la carrière du regretté Guillaume doit quelque chose à Gérard Depardieu ; on pense d’autre part à Claude, fils de Pierre Brasseur qui avait reconnu s’être longtemps battu pour se faire un prénom ; on pense également à Paul qui s’évertue vainement à percer dans le sport automobile pour se convaincre qu’il n’est pas seulement le fils de Jean-Paul Belmondo ; quant à Alain Delon, à qui l’on suggérait qu’il ne devait pas être facile pour son fils Anthony d’avoir un père aussi célèbre que lui, il répondait non sans raison qu’être le fils d’Alain présentait aussi quelques avantages non négligeables… Quant à la religion, je n’ai pas besoin de m’appesantir sur Dieu le Père qui programme à Jésus-Christ son fils, un destin de crucifié…

Et en peinture, me direz-vous ? Les exemples suisses abondent et il me suffira d’évoquer, à la charnière des XIXe et XXe siècles, le cas de Rodolphe Toepffer, fils du grand peintre genevois Wolfgang-Adam Toepffer. Dans un premier temps, Rodolphe suivit les pas de son illustre parent se destinant à son tour à la peinture. Bien vite, cependant il dut renoncer, à cause d’une grave maladie des yeux qui l’empêchait de distinguer les couleurs. Pas démonté pour autant, Rodolphe se lança dans l’écriture, couchant par écrit le récit de ses Voyages en zig-zag à travers les Alpes. Puis il se mit à griffonner de petits dessins, circonscrits dans des vignettes qui se suivaient et accompagnés de légendes indispensables à leur compréhension, des petits dessins qui allaient connaître une fortune sans précédent au XXème siècle et préluder à la naissance d’un art prodigieux, incontournable et universellement admiré. Ainsi Rodolphe s’est-il fait tout seul. Il n’est pas le fils de Wolfgang-Adam Toepffer, mais bien davantage, il est le père de la bande dessinée…

Vous pouvez voir quelques exemples de dessins exécutés par Rodolphe Toepffer, en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse Romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch              

Hétéroclite et encombré, la Musée du Communisme de Prague imite l’exposition « Art dégénéré » des Nazis en 1937…

Lundi 12 octobre 2009

Musée du communisme, Prague
Album : Musée du communisme, Prague
Au Musée du communisme de Prague, on trouve ce qu'on est venu chercher: la haine d'un régime honni. Pour se faire, les initiateurs du musée adoptent la mise en scène hétéroclite que les Nazis avaient imaginée en 1937 pour se moquer de l'art moderne
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Les médias se sont largement fait l’écho du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, prélude à l’effondrement du bloc soviétique. Ils ont notamment évoqué la question de l’ ostalgie, à savoir un sentiment de nostalgie éprouvé par les habitants de l’ancien bloc de l’Est, aujourd’hui confrontés aux dures réalités de l’économie de marché.

Séjournant à Prague la semaine dernière, je me suis demandé si les Praguois étaient eux aussi ostalgiques… La réponse est bien évidemment non. Dans une ville qui a vu en août 68 les chars du Pacte de Varsovie envahir les places, où le nom de Gustav Husak, chantre de la normalisation, est aujourd’hui encore associé à une injure, il était difficile de répondre par l’affirmative. On s’en convaincra à fortiori en allant visiter le Musée du communisme qui s’est installé depuis quelques années sur Na Prikope, l’une des avenues les plus chics de la ville. Un musée coincé entre un Mc Donald et un Casino, auquel on accède après avoir gravi un escalier monumental pourvu d’un tapis rouge…

C’est un musée abracadabrantesque, terriblement exigu, encombré de vestiges autour desquels le visiteur doit slalomer. On croule sous le nombre de notices informatives qu’il faudrait lire pour comprendre l’agencement général de l’exposition et pour trouver de la cohérence au milieu d’un capharnaüm d’objets hétéroclites où les boîtes de cacao, les uniformes des Jeunesse communistes, les outils agricoles ou industriels, les portraits de Clement Gottwald, de Karl Marx ou encore les bustes de Vaclav Havel et de Lénine finissent par étourdir et étouffer le visiteur le plus curieux. Dans ce musée où l’espace semble réduit à la seule portion vitale, où il est quasiment impossible de revenir sur ses pas, on n’avance pas, on serpente dans une sorte de file indienne qui ravive les pires souffrances de la population praguoise, condamnée à faire la queue des heures durant pour s’approvisionner. Un musée formaté par le rejet, le malaise et la peur, un musée ponctué à son acmé par la reconstitution d’un bureau de la police secrète, pourvu d’un téléphone antédiluvien qui sonne à chaque fois qu’un individu en franchit la porte. Voudrait-on nous signifier toute l’horreur de ces années de plomb qu’on ne s’y prendrait pas autrement et c’est là que le bât blesse.

Sur le fond, on ne va pas reprocher aux Tchèques de fustiger le communisme qui les a tant fait souffrir. En revanche la forme nous interpelle. Car l’agencement de l’exposition, la stratégie de l’encombrement hétéroclite qui la caractérise renvoient aux pires expositions de l’histoire contemporaine, à commencer par Entartete Kunst à Berlin en 1937, une mise en scène orchestrée par les Nazis pour démontrer que l’art contemporain, le cubisme, l’expressionnisme, le constructivisme, le dadaïsme, le surréalisme et l’art abstrait relevaient de l’art dégénéré. Le chenis, le fouillis, l’étouffement, la proximité incongrue de tableaux disposés parfois de guingois, les annotations murales, les bruitages, tout ce florilège de la dérision imaginé par Berlin a fait école à Prague. Au Musée du communisme, les Praguois ainsi que les touristes occidentaux trouvent donc ce qu’ils sont venus chercher, non pas de l’ostalgie, mais une beaucoup, beaucoup de démagogie…

Vous pouvez voir des vues du Musée du Communisme de Prague ainsi que quelques images de l’exposition Entartete Kunst, en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse Romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

de Villepin, la Sainte famille et la propagande

Vendredi 2 octobre 2009

De Villepin, 1er jour du procès Clearstream
Album : De Villepin, 1er jour du procès Clearstream
Il est venu en famille. Ses enfants, son épouse lui servent de caution morale. En même temps, de Villepin lance un message fort: en m'attaquant, vous attaquez ma famille. Une image, écrit Jean-Michel Apathie (RTL). Une image de propagande.
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Le procès de l’affaire Clearstream, qui occupe le devant de la scène judiciaire française depuis deux semaines, a été marqué à son ouverture par une image très forte, l’arrivée au tribunal de l’ancien premier ministre Dominique de Villepin, entouré de sa femme et de ses enfants.

Comme l’a parfaitement décrit le chroniqueur politique Jean-Michel Apathie, de Villepin arrive, « droit, altier, fier ». Il fait une déclaration solennelle, apprise par chœur, il se pose en victime d’une injustice et, dans cet exercice, il est beau. C’est « presqu’une figure des temps anciens, la chevelure du chevalier, on voit presque l’armure, on se demande où il a rangé le cheval. » Sa famille est avec lui, de beaux enfants, dont une fille mannequin, et une femme souriante. Que viennent-ils faire ici, si ce n’est participer activement à ce que Jean-Michel Apathie appelle la fabrication d’une image. Leur présence atteste que l’acharnement de Sarkozy détruira non seulement un homme, mais aussi une famille « unie, soudée, confiante dans l’honnêteté du père et mari. » Leur présence est aussi un « témoignage de moralité. Nous le connaissons, disent-ils par leur seule présence, il est incapable d’avoir fait le mauvais coup qu’on lui reproche. » La présence de la famille pose ainsi « l’affirmation de l’innocence comme un postulat ». Pas besoin de discours, la présence physique de la famille unie suffit. « Voilà fondamentalement, conclut Apathie, une image. » Une image savante, parfaitement orchestrée et bien rôdée, parabole de l’innocence, métaphore de la probité, allégorie de la vérité. Ou plus simplement image de propagande.

Ah, la propagande ! Véritable institution culturelle ordinairement réservée aux seuls états totalitaires ! Propagande soviétique, propagande nazie ou, plus proche de nous, propagande pro-irakienne destinée à exalter l’image de Saddam Hussein. Souvenons-nous : quelques jours avant que les forces interalliées ne libèrent le Koweït du joug irakien en janvier 1991, on voit fleurir dans les souks des affichettes à la gloire de Saddam Hussein. Les premières montrent un Saddam souriant, habillé en civil, assis dans un salon, apôtre de la négociation et de la paix. Puis, dès lors que la guerre paraît imminente, on le voit, en uniforme militaire, priant dans une mosquée, appelant le monde musulman à la guerre sainte ; ou encore tenant dans ses mains la mosquée du Rocher à Jérusalem, comme pour dire aux Palestiniens que leur guerre contre Israël et la sienne contre l’Occident sont les mêmes. Lorsque le conflit éclate, on le voit, ô surprise !, sur le cheval de Napoléon franchissant les Alpes, une fresque immortalisée en son temps par le peintre David… Et lorsque le conflit se conclut par le retrait des troupes irakiennes du sol koweïtien, on le voit tout sourire, qui fait le « V »de la victoire !

L’image du preux chevalier de Villepin nous enseigne que les potentats n’ont pas le monopole de la propagande. Avant que le procès ne commence, qui consacre la toute-puissance du témoignage, de l’aveu, du document, de l’interrogatoire, du serment, de l’archive, de la plaidoirie ou du verdict, en un mot qui consacre l’avènement de la seule parole orale ou écrite, l’icône de Villepin et sa sainte famille, avec l’efficacité dont toute image est riche, nous rejouent l’Ecce homo de la Passion. Soyez certains que s’il est acquitté, le grand homme sortira tout sourire du prétoire, en faisant le « V » de la victoire…

Vous pouvez voir les affichettes représentant Saddam Hussein en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

Pour Valérie Boyer, députée UMP, les photographies retouchées doivent être signalées comme telles.

Dimanche 27 septembre 2009

Limage qui a mis le feu aux poudres
Album : L'image qui a mis le feu aux poudres
Sharon Stone, 51 ans, qui s'écrie, dans Paris Match: "J'ai 50 ans et alors?" Alors ? Excessivement belle, excessivement parfaite, ...excessivement retouchée, Stone soulève la polémique, au point qu'une députée française veut légiférer en la matière.
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Les photos retouchées sont-elles si préjudiciables à la vérité de l’information qu’il faille une loi ? Une députée française se mobilise en tous les cas pour que l’utilisation des logiciels de retouche soit dorénavant indiquée sur les images.

Deux cas récents de manipulations informatiques de l’image photographique ont probablement mis le feu aux poudres. Cet été, tout le monde a vu dans « Paris-Match » les photos de Sharon Stone resplendissante, toute en jambes et seins nus, disant : « J’ai 50 ans et alors ? » Seulement voilà, comme l’écrivait le quotidien « Le Matin », « entre les coups de scalpel, les injections de divers élixirs de jouvence, les petits plats mitonnés par son nutritionniste personnel et, surtout, le sacro-saint logiciel Photoshop, l’ex-actrice de cinéma n’a plus rien de réel. » Plus récemment, le coup de gueule de la comédienne française Florence Foresti devant sa photo en couverture du magazine « Psychologies » a également fait grand bruit. Sans l’avoir prévenue, le magazine a en effet jugé bon de corriger informatiquement le nez disgracieux de l’humoriste préférée des Français comme le concède aujourd’hui le directeur de la rédaction : « C’est une photo en gros plan, et on a gommé une ombre qui exagérait un peu le petit défaut qu’elle a sur le nez. » Ces falsifications, qui s’ajoutent à une longue liste de fraudes informatiques, parmi lesquels on rappellera les bourrelets gommées de Sarkozy, torse nu, faisant du canoë avec son fils Louis, ont incité Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône, à obliger que la mention « photo retouchée » soit apposée en-dessous de toute photographie retravaillée, afin, dit-elle, de « lutter contre cette image de la femme toujours jeune et mince qui peut avoir une mauvaise influence sur les adolescentes. »

Pour le bien de la photographie et afin de préserver son extraordinaire pouvoir de restitution de la réalité, on voudrait applaudir à deux mains cette initiative. Malheureusement, celle-ci s’ajoute à une liste tellement longue de mesures coercitives édictées par le pouvoir en place à l’encontre de la presse et du droit à l’image, que cette initiative devient suspecte, sachant que Madame Boyer est affiliée au parti de la majorité présidentielle. D’autre part, l’application de cette initiative s’avère tout simplement inopérante, dès lors que les stars ou les mannequins qui viennent poser devant l’objectif ont eu recours à la chirurgie plastique… Faudra-t-il apposer la mention « Image non retouchée d’un corps non retouché » ? ; « Image retouchée d’un corps non retouché » ?; « Image retouchée d’un corps retouché » ? On le voit, c’est un casse-tête qu’aucune liposuccion ne saurait réparer…

Il serait néanmoins à propos de rappeler à « Paris-Match », champion du monde toute catégorie de la retouche photographique, les engagements que sa rédaction avait prises en 1998, suite au scandale de sa couverture consacrée à la réception de Ernst de Hanovre à Monte-Carlo, à l’occasion de ses fiançailles avec Caroline de Monaco. On y voyait, dans une intimité d’alcôve exceptionnelle, les deux tourtereaux souriants et énamourés. En réalité, les deux amants étaient entourés de nombreux invités. Pire, entre eux deux s’était intercalée la comtesse Albina de Boisrouvray, cousine de Caroline, qui affichait par ailleurs un décolleté des plus vertigineux. Dénoncé par le photographe, le magazine s’était excusé et avait édicté sur une pleine page, une charte de bonne conduite pour les éditions à venir. Mon oeil…

Vous pouvez voir les photos retouchées de Sharon Stone, de Florence Foresti et du couple Caroline et Ernst de Hanovre en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse Romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

Ci-dessous, par ailleurs, vous pouvez comprendre la démarche du magazine « Elle » qui a publié récemment les portrait de huit stars féminines sans le moindre maquillage, ni le moindre fard.

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Ségolène Royal nous touche et nous émeut. Enfin…

Dimanche 20 septembre 2009

Elisabeth II par Lucian Freud.
Album : Elisabeth II par Lucian Freud.
Un portrait cruel et sans lifting, mais d'une humanité extraordinaire qui valut à la Reine de recouvrer la sympathie de ses sujets, après des années de désamour et de disgrâce. Puisse Ségolène Royal, aujourd'hui au fond du trou, recouvrer la même grâce.
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Cette semaine, Ségolène Royal a inauguré son nouveau site Internet intitulé DésirsDavenir.com. Aussitôt, des milliers d’Internautes ont pastiché sa page d’accueil, tournant plus particulièrement en dérision le fond d’écran choisi par la candidate malheureuse à la présidence française : un ciel infini planté au-dessus d’une verte prairie.

Un fond d’écran qui a fait dire à certains que Royal et Raël étaient pilotés par le même graphiste ou encore que Ségolène avait rejoint Tom Cruise et les milieux de la scientologie. Les pasticheurs s’en sont donnés à cœur joie, l’un évoquant un DésirDendives.com, l’autre transformant Ségo en Sega, avec incrustation du jeu vidéo le plus antédiluvien qui se puisse être, le fameux jeu de tennis à deux barres… En un mot, le portail Internet de Madame Royal a été jugé effroyablement ringard.

Il est certain que si cette page d’accueil surannée avait été l’œuvre d’un homme, elle n’aurait pas suscité ce déferlement de sarcasmes qui vérifie les conclusions d’une étude récente sur le traitement des femmes politiques dans les médias. Généralement désignées par leur seul prénom, examinées à l’aulne de leur physique, de leurs habits, de leur âge, de leur taille, de leur capacité à combiner la politique et la popote, elles sont les victimes de jugements inéquitables. En privilégiant la forme plutôt que le fond, en s’acharnant sur la page d’accueil plutôt que sur le contenu du site de Ségolène Royal, les internautes confirment précisément le traitement sexiste des femmes en politique.

Pionnière dans l’utilisation d’Internet durant la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal se voit aujourd’hui trahie par les internautes qu’elle courtisait, lesquels ne se font pas faute de publier d’innombrables bêtisiers, mâtinés de caricatures qui la tournent en ridicule le plus achevé. De surcroît lâchée par son parti qui s’est approprié sa politique participative de même que sa volonté d’organiser des primaires pour la prochaine échéance électorale, elle est en ce moment au fond du trou.

Mais, paradoxalement, alors même qu’elle est livrée à la vindicte anonyme, voici que dans son immense solitude Ségolène Royal nous touche. Elle nous rappelle un portrait d’Elisabeth II d’Angleterre peint par Lucian Freud en 2001. C’est un portrait minuscule, mais d’une extraordinaire intensité, où se lisent les stigmates de la vie, les ravages causés par la pipolisation de ses trois enfants, les divorces à répétition au sein de sa famille, la mort brutale de Lady Diana, la destruction de son château de Windsor, mais aussi, et surtout, le poids d’une couronne qui paraît peser de tout son poids sur la tête altière, avec son lot contraignant de représentations, d’inaugurations, d’étiquettes et de savoir-vivre. Un portrait cruel et sans lifting, mais si humain, qu’il a produit auprès du public et des médias un vaste mouvement de compassion et de sympathie, offrant à sa Gracieuse Majesté le privilège de reconquérir ses sujets, après des années de désamour et de disgrâce. Ségolène n’a de Royal que le nom, toutefois, à l’instar d’Elisabeth II, elle n’abdique pas, mais repart dans son combat de femmes confrontées aux mâles prédateurs, conscientes que le monde ne leur appartient toujours pas, mais bien décidées, par-delà quolibets et persiflages, et à l’image de ces pionnières de la politique que furent les suffragettes, à se l’approprier enfin.

Vous pouvez voir le tableau de Lucian Freud, ainsi que certains pastiches du site DesirDavenir.com en consultant l’album ci-dessus. Ou voir ci-dessous le reportage que France 3 a consacré à l’affaire. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

Vous pouvez aussi vous connecter à www.DesirDendives.com

Sur le traitement des femmes dans les médias, cliquez sur ce lien: www.lecourrier.ch

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