ECAL: les Mickeys du design romand

Ici on ne veut pas de gens qui sachent dessiner!
Album : Ici on ne veut pas de gens qui sachent dessiner!
Formatés à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne, nos jeunes designers romands se distinguent par l'indigence et l'insipidité de leur production. Parce qu'à l'ECAL, on leur demande en premier lieu d'oublier tout ce qu'ils ont appris auparavant.
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Cela s’est passé la semaine dernière. Une jeune lycéenne ou gymnasienne  lausannoise, brillante étudiante en histoire de l’art et douée tant en dessin qu’en photographie – je suis son prof d’histoire de l’art – s’est présentée à l’ECAL – Ecole Cantonale d’Art de Lausanne & Haute Ecole d’art et de design -, afin d’apporter une légère modification à son dossier de candidature, un dossier déposé dans les délais. Cette jeune fille espère en effet suivre l’ECAL qui jouit dans le monde d’une réputation flatteuse. Un prof l’a donc conduite dans la salle où sont stockés les dossiers de candidature et, pendant qu’elle apportait sa petite retouche, il s’est avisé d’un dessin au crayon exécuté par elle, un dessin qui met en valeur, outre sa sensibilité, une indéniable virtuosité. Il s’est alors exclamé: « Ici, on ne veut pas de gens qui sachent dessiner! »

La gratuité, le mépris, la faconde et l’imbécilité du propos sont incommensurables. Ils ressortissent à cette philosophie supérieurement idiote qui veut qu’on doit tout oublier en entrant à l’ECAL; que les cours antérieurs, nécessairement,  formatent négativement des étudiants qu’il faut javelliser si l’on veut en faire quelque chose; qu’à l’instar du Phoenix, il faut mourir à soi-même pour renaître à l’ECAL; que l’ECAL est tout et qu’hors de l’ECAL il n’est rien.

Il y a quelques années, des étudiants sortis de cette maison avaient exposé leur travaux au Musée de design et d’art contemporain de Lausanne. L’insipidité de leurs présentations y était symptomatique de cette philosophie de la lobotomie culturelle et manuelle. Je me permets de vous resservir l’article que j’avais écrit parce qu’il recouvre une indéniable actualité:

« On ne sait pas qui du Mudac (Musée de design et d’art contemporain de Lausanne) ou de l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne) avait été le plus grotesque dans cette histoire. L’un, pour avoir exposé douze travaux insipides; l’autre, pour avoir formaté les douze cornichons qui les ont crées. Invités à repenser le décor urbain, de jeunes designers romands ont en effet commis des prototypes dont la bêtise le dispute à la gratuité : un miroir pour fontaine ; un garde-fou transformé en colifichet; une chaise en acier thermolaqué la plus incommode et la plus inconfortable de toute l’histoire de l’humanité, sans oublier une plaque d’égout stylisée par où ce fatras indigne ira se déverser. La clé de ce gâchis se trouve dans la démarche suivie par les auteurs qui « ont laissé libre cours à leur imagination pour égayer le quotidien. » Le design contemporain ne se pense plus, il égaie. Il est cette part d’inutile qui se surajoute à l’utile, comme le gratuit s’invite au milieu de la presse payante. Le design romand relève du tape-à-l’oeil qui est à la vue ce que le tapage nocturne est à l’oreille.

Oubliée la leçon de Piet Mondrian dont l’austérité et la simplicité galvanisèrent le design du vingtième siècle. Dans sa « Composition » de 1922, le peintre avait organisé sa toile autour des trois couleurs primitives et du carré. Du mélange entre le rouge, le bleu et le jaune naissent le vert, l’orange et le violet dont les combinaisons engendrent la gamme infinie de la sphère chromatique. De même si l’on segmente le carré, il donne naissance à deux rectangles. Disposés perpendiculairement, ceux-ci forment une croix dont la rotation génère le cercle et ainsi l’infinie variété des formes de la nature prend son envol. Humblement, Mondrian avait peint la matière première de la création, la soupe primitive nécessaire à la formation de l’univers. Or cette œuvre élémentaire inspira le design de L’Oréal, de la Vie Claire, du mobilier, du prêt-à-porter et jusqu’à Yves Saint-Laurent. Nos jeunes designers romands, par contre, devraient bien vite tomber dans un grand trou de mémoire. »

2 Réponses à “ECAL: les Mickeys du design romand”

  1. kouki dit :

    C’est à se demander ce que l’on apprend dans une telle école !

  2. Stroh dit :

    Je trouve cela formidable de se présenter sans bagages dans une Ecole. Pour une fois qu’il ne faut pas sortir de sciences po pour avoir l’acces a une Ecole réputée !

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