Petits écoliers de St-Prex, fuyez vos parents!

Verra-t-on ce logo au collège Sous-Allens?
Album : Verra-t-on ce logo au collège Sous-Allens?
C'est une tendance aujourd'hui: les parents n'entrent plus dans l'enceinte de l'école. Et les maîtresses, converties en garde-chiourme veillent au grain. Exemple navrant à St-Prex (Suisse).
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Je dois être bête, mais je ne comprends rien à l’éducation donnée à la petite enfance par les maîtresses d’école. A dessein, je n’utilise pas le mot « pédagogie » parce que ce dont je veux parler ici ne concerne ni l’enseignement, ni les activités ludiques ou sportives distillés par les enseignantes dans la classe. Non, ce dont je veux parler ici c’est de la relation que les petits enfants, sous l’injonction expresse et pour ainsi dire tyrannique de leurs maîtresses, doivent dorénavant entretenir avec leurs parents, à l’intérieur du périmètre scolaire.

J’ai un fils de 4 ans qui fréquente depuis août 2009 et pour la première fois l’école obligatoire vaudoise, à St-Prex (Suisse). Premier cycle de l’école enfantine et premiers émois: durant des semaines, mon fils m’a demandé chaque matin s’il devait aller à l’école. De temps en temps, il s’est roulé par terre en pleurant parce qu’il ne voulait pas y aller. Beaucoup d’esbroufe en somme, car à chaque fois que je l’ai vu ensuite entrer dans la classe, après l’avoir amené à l’école et tendrement embrassé, je l’ai toujours vu pépier de joie. Mon fils aime l’école, les chansons et les dessins qu’il me rapporte l’attestent mieux qu’un long discours.

Les premières semaines se sont ainsi bien passées. Je l’attendais à la sortie du cours, dans le hall de l’école en face de la porte de sa classe. La cloche tintait, les enfants sortaient et se précipitaient classiquement dans les bras de leurs parents. Joie! Gazouillis! Délivrance! Car mon fils redoute toujours cet instant. L’idée que personne ne viendra le chercher le hante. Combien de fois m’a-t-il prescrit, le matin, de l’attendre toute la matinée dans la voiture…!

Et puis un jour est arrivé où j’ai vu les enfants sortir de la classe à la queue leu leu, tête penchée, yeux rivés sur le sol. Ils ont trotté dans la direction des parents puis soudainement ont obliqué pour aller directement à leur vestiaire. Ce manège étonnant s’étant répété, puis définitivement substitué à l’ancien rituel, j’ai mis du temps à en comprendre les raisons. Mon fils m’a plus ou moins expliqué que les enfants ne devaient plus venir vers nous, que les adultes ne devaient plus aller vers eux. Quelques temps après, j’ai reçu une missive de l’école des mains de mon fils. Dans un style enfantin – mais dépourvu de taches et sans la moindre faute d’orthographe, parce que ce sont naturellement les maîtresses qui ont l’ont rédigée et elles se sont donné beaucoup de mal pour obtenir ce condensé de niaiseries candides et puériles (qui dira combien imiter un enfant est du ridicule le plus achevé!) – bref, dans cette lettre d’adulte en culotte courte, il était demandé aux parents d’affranchir leurs rejetons, de les sevrer, de les laisser s’habiller et se dévêtir seul, de participer activement à leur autonomie et à leur indépendance. En clair, de ne plus mettre les pieds dans le périmètre de l’école.

Sur le principe, j’adhère totalement. Ce qui m’agace en revanche, c’est le zèle systématique des maîtresses à appliquer la directive, c’est la traque aux exceptions, la réprimande aux indécrottables. Des mamans restent-elles aux abords de l’école pour discuter et dès lors voient-elles leurs enfants sortir en direction du terrain de sport, aussitôt une enseignante vient leur demander de partir au plus vite.. Outrepassai-je la règle en aidant mon fils, empêtré dans sa grosse doudoune hivernale aux manches ponctuées de gants à élastiques qui le gênent aux entournures, aussitôt la maîtresse m’incite à déguerpir… « Je suis là pour les aider au cas où » me dit-elle. Je lui rétorque, sur un ton peu amène, j’en conviens, que par deux fois mon fils, au sortir de la gymnastique, avait mis son pantalon à l’envers et qu’il ne s’était trouvé aucun Saint-Eloi pour le lui remettre à l’endroit!

Je repense à ces page de Montaigne dans les Essais où s’agissant d’éducation, il requiert des adultes qu’ils accompagnent les enfants. Je repense à ce film dynamite de Bertrand Tavernier, Ça commence aujourd’hui dans lequel un instituteur n’a de cesse de rétablir les ponts entre les adultes et l’école, entre les parents et leurs enfants scolarisés. Des ponts, des accompagnements, une transition entre les deux mondes, une passerelle harmonieuse où les enfants ne sont pas ôtés aux parents, où les parents sont bienvenus dans l’enceinte scolaire. Quand je lâche mon fils et que je le vois partir en classe, j’ai à cet instant le sentiment de lui passer un témoin, de lui donner un peu de moi-même, j’ai le sens d’une continuité, je ressens une unité d’ordre cosmique, celle des chaînons de la vie, de la marche de l’humanité. Accompagner mon fils pour le récupérer dans mes bras, c’est l’ordre harmonieux du monde. C’est signifier à l’enfant qu’on a accompli le même parcours, c’est attester que la maison, l’école, les parents, les maîtresses sont sous-tendus par une même intentionnalité, celle de son épanouissement progressif. Viendra bien un temps où mon fils me demandera lui-même de le déposer à 100 mètres de l’école.

A St-Prex, on joue l’inflexible rupture, on cisaille les fils intentionnels, on organise deux mondes séparés. Je gage que dans peu de temps, l’on verra fleurir sur le béton du préau ces lignes de démarcation imbéciles interdisant aux parents d’aller au-delà. Déjà, sur le portique d’entrée du collège, on peut lire ce mot de la direction, (je le cite de mémoire):

« Afin de ne pas entraver le bon déroulement des leçons, les parents sont priés de ne pas entrer dans l’école, avant la fin des cours. Et ceci par tous les temps. La direction. »

Le style bureaucratique, la note âcre, désobligeante, le soulignement appliqué, de même que l’absence du mot « Merci », me mettent à chaque fois en rage. Le signe extérieur délivré par le collège de Sous-Allens, collège dévolu aux petits pionniers de la vie qui, de toute nécessité, ne viennent jamais sans leur père ou leur mère, ce n’est pas « Bienvenue », mais « Casse-toi »…

3 Réponses à “Petits écoliers de St-Prex, fuyez vos parents!”

  1. kouki dit :

    toujours les hommes font des lois …

  2. Ivanna Dutoit dit :

    C’est extrêmement touchant ce que vous dites… Leur façon d’agir est révoltante ! En définitive, ils ne pensent pas au bien-être des enfants qui sont à leur charge…

  3. Sophie dit :

    J’adhere completement a ce que vous dites et maintenant me voilà inquiete pour ma fille. Elle va avoir 4ans en decembre et nous emmenageons a St Prex debut janvier. Ai je une autre, meilleure option que celle ecole pour la rentree de ma fille en 1ere Enfantine? d’avance merci, Sophie

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