Sharon Stone et alors!

Sharon Stone in Paris Match, août 2009.
Album : Sharon Stone in Paris Match, août 2009.
C'est moins la question de la retouche photographique que la formule "et alors!" qui nous intéresse ici.
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« J’ai 50 ans et alors! » clamait l’été dernier Sharon Stone en couverture de Paris Match. « Je suis naine et alors! », « Je suis gay et alors! », « Je suis lesbienne et alors! », « Je vis avec un handicapé et alors! », « Je trompe mon mari et alors! »: la presse use de plus en plus régulièrement d’une formule qui ponctue aussi bien un coming out, qu’une situation jugée inhabituelle ou un mode de vie que soi-même ou les autres estimons déviants.

L’originalité de l’expression « et alors! » vient de ce qu’elle fonctionne de manière paradoxale: d’un côté, elle adopte un registre provocateur – je fais ce que vous ne faites pas, j’assume ce que la morale réprouve, je suis différent, mais je l’assume -, tout en s’efforçant de légitimer cette « anomalie », de la rendre inoffensive, de la nier. « Et alors! » est un coup d’accélérateur rhétorique et agressif visant à normaliser au plus vite une différence ou une déviance qui prendraient davantage de temps avant de se voir peut-être avalisée. De manière contradictoire, « et alors! » veut donc provoquer et banaliser.

Ce faisant, la formule cesse de montrer du doigt l’anomalie ou la bizarrerie en question pour désigner du doigt celles et ceux qui vivent dans la norme ou qui n’approuvent pas.  Elle tend à dire d’une part: « Je suis Autre » et d’autre part: « Si cela vous dérange, c’est que vous êtes vieux jeu, conservateur, idiot, coincé, etc. » « Et alors! » attente à la morale dans un premier temps, avant de moraliser hautement, dans un second temps. « Et alors! » s’efforce de normaliser ce qui était anormal et de rendre anormal la norme, le rejet, la désapprobation, le maintien des valeurs universellement adoptées. C’est la contradiction d’une revendication à la différence se doublant d’une quête de l’uniformité. Dès lors, à chaque fois que la presse use et abuse de cette formule, à dessein de secouer ses lecteurs, de jouer la carte de l’impertinence et pour leur signifier que leur journal bouge, à chaque fois qu’elle le fait, elle nous ramène en réalité au consensus et à ce cancer de la pensée qu’est l’uniformisation des modes et des pratiques.

Dans le cas de Sharon Stone, c’est une revendication à l’éternelle jeunesse et à l’éternelle beauté, « malgré » ses 50 ans d’âge, et en même temps une manière de nous signifier que sa plastique est désormais la norme, qu’à 50 ans on devrait tous être ainsi et que ceux qui ne le sont pas, ne le veulent pas, ne le peuvent pas ou encore sont les nouveaux déviants. Après Jacques Séguéla qui affirmait qu’à 50 ans, si l’on n’a pas une Rolex à son poignet, on a raté sa vie,  Sharon Stone impose une nouvelle tyrannie aux quinquagénaires… Et pour s’être prêtée à ce jeu imbécile, Sharon Stone n’est plus qu’une lessive hygiéniste, une eau de Javel qui efface toute altérité en croyant illusoirement, dans un premier temps, montrer sa différence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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