France – Irlande ou la fragilisation de l’arbitre

La main de Thierry Henry
Album : La main de Thierry Henry
Quand la France perd, dit-on, Raymond Domenech demande la main d'Estelle. Quand la France gagne, Raymond Domenech demande la main de Thierry...
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Jusqu’à quand les instances du footbal s’évertueront-elles à fragiliser les arbitres? Le match France-Irlande du 18 novembre dernier et la main fautive de Thierry Henry, condamnant injustement l’Irlande, ne devraient-ils pas inciter la FIFA à doter les hommes en noir de moyens de supervision du jeu adéquats, afin que pareille spoliation ne puisse plus se répéter?

La main de Thierry Henry, comme le rappelle justement Zinedine Zidane, est un « fait de jeu » qui aurait certes dû être sanctionné, mais qui, pour autant, ne constitue pas un attentat, ni un « crime contre le football ». C’est juste une faute, à l’instar d’un tacle trop appuyé ou d’une saisie illicite du maillot adverse. Accabler Thierry Henry, c’est donc se tromper de cible. Certains arguent que le joueur français, en tant que capitaine, eût dû s’excuser après match, voire aller sur le champ vers l’arbitre pour lui signaler son irrégularité. C’est beaucoup demander à un seul homme. C’est exiger de lui un exploit immense dont nous ne serions certainement pas capables, c’est souhaiter qu’il se mette en porte-à-faux avec notre temps qui est celui de la tricherie et du mensonge – nous pensons à l’affaire Madoff, à l’affaire Kerviel, au mensonge éhonté des Américains inventant des armes de destruction massive en Irak, nous pensons aussi à cette désespérante valorisation du « pas vu, pas pris » que notre société contemporaine érige en véritable éthique de la débrouillardise… Or force est de constater que Thierry Henry et nous pas davantage, n’avons la trempe des surhommes qui se dressent contre les moeurs du siècle, à l’instar d’un Victor Hugo.

Notre colère, c’est en direction de la FIFA qu’il nous faut la diriger. Parce que cette fédération n’a jamais voulu prendre en compte les bouleversements que la retransmission télévisée des matchs allait entraîner dans l’arbitrage. Autrefois, et jusque dans les années 1950, l’arbitre était celui qui voyait le mieux le jeu. Les spectateurs, les journalistes ou les auditeurs radio ne disposaient pas de moyens visuels susceptibles de leur permettre, en direct, de voir, de revoir de long en large les phases de jeu litigieuses. On s’en remettait à la sagacité et à la clairvoyance des hommes en noir, seuls juges après Dieu. On contestait, on dissertait, mais demeurait cette zone d’incertitude, cette absence de preuve par l’image qui préservait son aura à l’arbitre.

La retransmission télévisée a changé dramatiquement la donne. Téléspectateurs et journalistes jouissent du « replay » et du « slow motion ». De même, la multiplication des caméras disséminées sur les côtés, derrière les buts ou encore au-dessus de l’aire de jeu a permis de tout voir et de tout revoir, de sorte que plus rien n’échappe aujourd’hui ni aux téléspectateurs, ni aux journalistes.

Mais l’arbitre? Comme le dit très bien le philosophe Alain Finkielkraut, on est arrivé à cette situation absurde où le juge qui est le seul à décider dans un match de football, voit moins bien le jeu que les spectateurs ou les commentateurs, car il est le seul à se voir privé de l’apport technologique imparable de la vidéo… Par rapport à moi qui le regarde devant mon petit écran, l’arbitre voit moins bien le match qu’il est amené à diriger… Il est la Justice dont les yeux bandés l’empêchent d’exercer équitablement son métier…

Il est temps que la FIFA pallie à cette situation absurde. Qu’elle ne se contente pas, comme elle l’a fait, d’interdire simplement la diffusion du ralenti dans les stades, mais qu’elle accepte d’entrer en matière sur la question du juge vidéo ou sur celle de l’adjonction d’arbitres des 16 mètres. On ne lutte pas contre un apport technologique aussi incontournable que l’image vidéo, on s’en sert et on en profite pour rétablir un semblant d’équité dans le football.

 

 

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