Darwin et les peintres animaliers de la préhistoire

La traversée du marais par Mark Hallett
Album : La traversée du marais par Mark Hallett
Grande exposition à Lausanne pour célébrer les 200 ans de la naissance de Charles Darwin. Les peintres animaliers de la préhistoire sont pour beaucoup dans la popularité de l'histoire de la vie et de son évolution.
19 images
Voir l'album

Ouverte il y a juste une semaine, l’exposition « Oh my God ! Darwin et l’évolution » célèbre le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et le 150ème anniversaire de la publication de son livre phare, « L’origine des espèces ». Une exposition à voir jusqu’en septembre 2010 au Musée cantonal de zoologie de Lausanne.

On rappellera que Charles Darwin est le père de la théorie dite de la sélection naturelle. Reprenant à son compte le transformisme de Lamarck, Darwin postule que les organismes se transforment par le biais de modifications internes, de recombinaisons et de mutations héréditaires. Le mécanisme moteur de l’évolution des espèces est la sélection naturelle. Seules les espèces les plus aptes se maintiennent en vie, les autres étant éliminées. Dans cette concurrence vitale que Darwin appelle métaphoriquement « lutte pour la vie », les porteurs de variations avantageuses survivront donc. La concurrence et la sélection jouant à chaque génération, il se réalise lentement une somme de changements utiles qui conduisent les espèces à évoluer toujours dans un sens favorable par rapport à l’environnement. Le moteur de cette évolution ne repose donc sur aucune finalité d’ordre théologique, mais sur la nécessité de s’adapter pour ne pas mourir.

L’histoire de la vie et de son évolution est un domaine des sciences qui doit son immense popularité à l’iconologie et à des artistes peintres qui se sont spécialisés dans la reconstitution du passé, de sa faune et de sa flore. Certes, des noms comme Rudolph Zallinger, Charles R. Knight, Henry de la Bèche, Mark Hallett ou encore Zdenek Burian ne vous disent probablement pas grand-chose, en revanche vous avez tous admiré dans des livres leurs somptueuses fresques du Cambrien, où des créatures de la faune d’Ediacara scrutent de leur trompe les fonds marins du Schiste de Burgess, et leurs représentations du Carbonifère, où des libellules aussi grosses que des goélands patrouillent au sein des forêts humides et spongieuses, à la recherche de blattes géantes, sous la frondaison des grands prêles…

L’immense paléontologue Stephen Jay Gould (1941-2002), hélas trop tôt disparu, s’est passionné pour cette peinture des temps immémoriaux et a recensé quelques caractéristiques intéressantes. Premièrement, et alors que dans la nature, j’ai peine à voir un ou deux animaux sauvages de la journée, il y a toujours pléthore d’animaux préhistoriques réunis sur la toile, animaux marins et terrestres, volant et rampant, prédateurs et proies, habitants des lacs et des montagnes. Deuxièmement, selon que le livre est adressé aux enfants ou aux plus grands, l’on représentera tantôt des comportements maternels, d’entraide et de rassemblement, tantôt, et préférentiellement, des scènes de prédation effrayantes, un ichtyosaure croquant le cou d’un plésiosaure par exemple, cependant que les scènes d’accouplement sont scrupuleusement bannies. Troisièmement, enfin, la préférence des artistes va toujours aux vertébrés. Comme si l’avènement de nos ancêtres directs avait sonné le glas de notre intérêt pour les êtres multicellulaires, pourtant bien plus nombreux. Quoi qu’il en soit, ces images font rêver. Elles nous assaillent, écrit Gould, comme un voleur dans la nuit, nous rappellent, selon le mot de Jung, que nous traînons tous derrière nous une queue de lézard…

Vous pouvez admirer plusieurs œuvres de ces peintres animaliers en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

 

 

Laisser un commentaire