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Hétéroclite et encombré, la Musée du Communisme de Prague imite l’exposition « Art dégénéré » des Nazis en 1937…

Musée du communisme, Prague
Album : Musée du communisme, Prague
Au Musée du communisme de Prague, on trouve ce qu'on est venu chercher: la haine d'un régime honni. Pour se faire, les initiateurs du musée adoptent la mise en scène hétéroclite que les Nazis avaient imaginée en 1937 pour se moquer de l'art moderne
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Les médias se sont largement fait l’écho du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, prélude à l’effondrement du bloc soviétique. Ils ont notamment évoqué la question de l’ ostalgie, à savoir un sentiment de nostalgie éprouvé par les habitants de l’ancien bloc de l’Est, aujourd’hui confrontés aux dures réalités de l’économie de marché.

Séjournant à Prague la semaine dernière, je me suis demandé si les Praguois étaient eux aussi ostalgiques… La réponse est bien évidemment non. Dans une ville qui a vu en août 68 les chars du Pacte de Varsovie envahir les places, où le nom de Gustav Husak, chantre de la normalisation, est aujourd’hui encore associé à une injure, il était difficile de répondre par l’affirmative. On s’en convaincra à fortiori en allant visiter le Musée du communisme qui s’est installé depuis quelques années sur Na Prikope, l’une des avenues les plus chics de la ville. Un musée coincé entre un Mc Donald et un Casino, auquel on accède après avoir gravi un escalier monumental pourvu d’un tapis rouge…

C’est un musée abracadabrantesque, terriblement exigu, encombré de vestiges autour desquels le visiteur doit slalomer. On croule sous le nombre de notices informatives qu’il faudrait lire pour comprendre l’agencement général de l’exposition et pour trouver de la cohérence au milieu d’un capharnaüm d’objets hétéroclites où les boîtes de cacao, les uniformes des Jeunesse communistes, les outils agricoles ou industriels, les portraits de Clement Gottwald, de Karl Marx ou encore les bustes de Vaclav Havel et de Lénine finissent par étourdir et étouffer le visiteur le plus curieux. Dans ce musée où l’espace semble réduit à la seule portion vitale, où il est quasiment impossible de revenir sur ses pas, on n’avance pas, on serpente dans une sorte de file indienne qui ravive les pires souffrances de la population praguoise, condamnée à faire la queue des heures durant pour s’approvisionner. Un musée formaté par le rejet, le malaise et la peur, un musée ponctué à son acmé par la reconstitution d’un bureau de la police secrète, pourvu d’un téléphone antédiluvien qui sonne à chaque fois qu’un individu en franchit la porte. Voudrait-on nous signifier toute l’horreur de ces années de plomb qu’on ne s’y prendrait pas autrement et c’est là que le bât blesse.

Sur le fond, on ne va pas reprocher aux Tchèques de fustiger le communisme qui les a tant fait souffrir. En revanche la forme nous interpelle. Car l’agencement de l’exposition, la stratégie de l’encombrement hétéroclite qui la caractérise renvoient aux pires expositions de l’histoire contemporaine, à commencer par Entartete Kunst à Berlin en 1937, une mise en scène orchestrée par les Nazis pour démontrer que l’art contemporain, le cubisme, l’expressionnisme, le constructivisme, le dadaïsme, le surréalisme et l’art abstrait relevaient de l’art dégénéré. Le chenis, le fouillis, l’étouffement, la proximité incongrue de tableaux disposés parfois de guingois, les annotations murales, les bruitages, tout ce florilège de la dérision imaginé par Berlin a fait école à Prague. Au Musée du communisme, les Praguois ainsi que les touristes occidentaux trouvent donc ce qu’ils sont venus chercher, non pas de l’ostalgie, mais une beaucoup, beaucoup de démagogie…

Vous pouvez voir des vues du Musée du Communisme de Prague ainsi que quelques images de l’exposition Entartete Kunst, en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse Romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

2 Réponses à “Hétéroclite et encombré, la Musée du Communisme de Prague imite l’exposition « Art dégénéré » des Nazis en 1937…”

  1. artigue dit :

    Bonjour, j’ai visité ce musée qui comme son intitulé ne le mentionne pas est plutôt le musée de l’anticommunisme: comment croire l’inverse vu la souffrance engendrée:on ne sort pas indemne de ce musée,sans considération politique d’ailleurs , il est étrange..
    Il y a d’autres musées à Prague forts interessants, le musée du Mur, le musée Mucha et le musée Kafka….

    A bientôt
    Jocelyne ARTIGUE

  2. artigue dit :

    Rectificatif,le musée du mur est à Berlin,j’ai visité les 2 villes la même année, milles excuses pour l’erreur dans le commentaire précèdent.
    Jocelyne ARTIGUE

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