Ségolène Royal nous touche et nous émeut. Enfin…

Elisabeth II par Lucian Freud.
Album : Elisabeth II par Lucian Freud.
Un portrait cruel et sans lifting, mais d'une humanité extraordinaire qui valut à la Reine de recouvrer la sympathie de ses sujets, après des années de désamour et de disgrâce. Puisse Ségolène Royal, aujourd'hui au fond du trou, recouvrer la même grâce.
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Cette semaine, Ségolène Royal a inauguré son nouveau site Internet intitulé DésirsDavenir.com. Aussitôt, des milliers d’Internautes ont pastiché sa page d’accueil, tournant plus particulièrement en dérision le fond d’écran choisi par la candidate malheureuse à la présidence française : un ciel infini planté au-dessus d’une verte prairie.

Un fond d’écran qui a fait dire à certains que Royal et Raël étaient pilotés par le même graphiste ou encore que Ségolène avait rejoint Tom Cruise et les milieux de la scientologie. Les pasticheurs s’en sont donnés à cœur joie, l’un évoquant un DésirDendives.com, l’autre transformant Ségo en Sega, avec incrustation du jeu vidéo le plus antédiluvien qui se puisse être, le fameux jeu de tennis à deux barres… En un mot, le portail Internet de Madame Royal a été jugé effroyablement ringard.

Il est certain que si cette page d’accueil surannée avait été l’œuvre d’un homme, elle n’aurait pas suscité ce déferlement de sarcasmes qui vérifie les conclusions d’une étude récente sur le traitement des femmes politiques dans les médias. Généralement désignées par leur seul prénom, examinées à l’aulne de leur physique, de leurs habits, de leur âge, de leur taille, de leur capacité à combiner la politique et la popote, elles sont les victimes de jugements inéquitables. En privilégiant la forme plutôt que le fond, en s’acharnant sur la page d’accueil plutôt que sur le contenu du site de Ségolène Royal, les internautes confirment précisément le traitement sexiste des femmes en politique.

Pionnière dans l’utilisation d’Internet durant la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal se voit aujourd’hui trahie par les internautes qu’elle courtisait, lesquels ne se font pas faute de publier d’innombrables bêtisiers, mâtinés de caricatures qui la tournent en ridicule le plus achevé. De surcroît lâchée par son parti qui s’est approprié sa politique participative de même que sa volonté d’organiser des primaires pour la prochaine échéance électorale, elle est en ce moment au fond du trou.

Mais, paradoxalement, alors même qu’elle est livrée à la vindicte anonyme, voici que dans son immense solitude Ségolène Royal nous touche. Elle nous rappelle un portrait d’Elisabeth II d’Angleterre peint par Lucian Freud en 2001. C’est un portrait minuscule, mais d’une extraordinaire intensité, où se lisent les stigmates de la vie, les ravages causés par la pipolisation de ses trois enfants, les divorces à répétition au sein de sa famille, la mort brutale de Lady Diana, la destruction de son château de Windsor, mais aussi, et surtout, le poids d’une couronne qui paraît peser de tout son poids sur la tête altière, avec son lot contraignant de représentations, d’inaugurations, d’étiquettes et de savoir-vivre. Un portrait cruel et sans lifting, mais si humain, qu’il a produit auprès du public et des médias un vaste mouvement de compassion et de sympathie, offrant à sa Gracieuse Majesté le privilège de reconquérir ses sujets, après des années de désamour et de disgrâce. Ségolène n’a de Royal que le nom, toutefois, à l’instar d’Elisabeth II, elle n’abdique pas, mais repart dans son combat de femmes confrontées aux mâles prédateurs, conscientes que le monde ne leur appartient toujours pas, mais bien décidées, par-delà quolibets et persiflages, et à l’image de ces pionnières de la politique que furent les suffragettes, à se l’approprier enfin.

Vous pouvez voir le tableau de Lucian Freud, ainsi que certains pastiches du site DesirDavenir.com en consultant l’album ci-dessus. Ou voir ci-dessous le reportage que France 3 a consacré à l’affaire. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

Vous pouvez aussi vous connecter à www.DesirDendives.com

Sur le traitement des femmes dans les médias, cliquez sur ce lien: www.lecourrier.ch

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