La gifle et la fessée bientôt interdites en Suisse

La gifle et la fessée prohibées en Suisse
Album : La gifle et la fessée prohibées en Suisse
La Suisse s'apprête à interdire aux parents tout châtiment corporel à leurs enfants.
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Après la Suède, la Finlande et d’autres pays européens, la Suisse va prochainement interdire aux parents tout châtiment corporel à leurs enfants, à commencer par la gifle et la fessée.

Pour une fois, il s’agit-là d’une atteinte à la liberté individuelle dont je me consolerai bien vite. Sur ce thème, en effet, les pédopsychologues semblent unanimes : la fessée ou la gifle ressortissent à une forme de maltraitance d’autant plus pernicieuse que son alibi éducatif l’a longuement justifiée, voire recommandée. Lequel d’entre nous en effet, n’a pas entendu, au sortir d’une fessée à coups de badine, de tape-tapis, de ceinture, de férule ou tout simplement à la main, cette sentence implacable : « C’est pour ton bien ! »

Dès lors, en bannissant le châtiment corporel, la Suisse s’apprête à inverser les valeurs. Ce qui était la norme devient aujourd’hui tabou. Or cela risque de modifier considérablement la lecture d’un célèbre tableau du peintre surréaliste Max Ernst, datant de 1926, et intitulé La Vierge corrigeant l’Enfant Jésus en présence d’André Breton, de Paul Eluard et de l’artiste. On y voit Marie qui a couché le Christ nu sur ses genoux et lui administre une raclée si retentissante que le Fils de l’Homme en perd son auréole. Par l’entrebâillement d’une fenêtre, les trois surréalistes considèrent placidement la scène. Athée militant, Max Ernst entendait se moquer de l’Eglise et mettre à mal l’iconographie religieuse, traditionnelle et compassée : Marie, douçâtre et asexuée, tenant sur ses genoux un Jésus bien trop sage.

Mis sous les feux de l’actualité, le tableau change en effet de signification. Marie est désormais une mère de famille qui prône la manière forte en matière d’éducation. Du coup, on fait davantage attention à André Breton et à Paul Eluard représentés à l’arrière-plan du tableau. Car leur relation à l’enfant fut ambiguë. Ainsi Breton avait-il une fille dont il ne se préoccupa que lorsqu’elle eut atteint l’âge de 16 ans. Quant à Eluard, il avait une fille, Cécile, qui fut principalement élevée par ses grands-parents. Lorsqu’elle passait le week-end chez son père, celui-ci lui demandait d’aller sur le trottoir quand il recevait du monde à la maison, tant il avait honte de son statut de père de famille petit-bourgeois. Et si d’aventure quelqu’un demandait à Cécile ce qu’elle faisait toute seule dehors, elle avait l’interdiction de dire qu’elle était la fille d’Eluard…

La toile de Max Ernst met donc en scène un quarteron de bourreaux d’enfants qui se sont donné rendez-vous dans un même tableau. Quand on voit comment la fessée est associée sur Internet aux plaisirs scabreux et pervers, on se dit qu’il est urgent que les parents se trouvent aujourd’hui dépossédés d’un tel droit…

 

Une réponse à “La gifle et la fessée bientôt interdites en Suisse”

  1. Catherine dit :

    Bonjour,
    Pourrions-nous citer votre article sur notre site http://www.oveo.org (Observatoire de la violence éducative ordinaire) ?
    Ou ne serait-ce que le lien ?
    J’ai bien apprécié personnellement la façon dont vous montrez la relation entre violence éducative et culture (sujet du prochain livre d’Olivier Maurel !). Merci !

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