Chroniques de Christophe Flubacher

18 décembre 2007

Mes chroniques sur Espace 2 sont terminées. Ainsi les liens qui permettaient d’écouter lesdites chroniques telles que la Radio Suisse Romande les avait diffusées sont dorénavant rompus. Il n’est donc plus possible de cliquer sur le lien www.rsr.ch

Je continuerai néanmoins à alimenter ce blog.

 

Mes publications:
28258012241.jpgChroniques de Christophe Flubacher dans Culture de l'image t_peintres%20du%20valaispeinturesalpestres.jpg30011010551.jpgPeintresgenevois dans Culture de l'image

Après « J’en ferais autant! » (Neuchâtel, Ides & Calendes, 1997), « Les peintres en Valais 1850-1950″, paru en France sous le titre « Peintures alpestres », (Lausanne, Editions Favre, 2003) et « Les peintres vaudois 1850-1950″ (Lausanne, Editions Favre, 2008), je suis heureux de vous annoncer la parution de mon dernier livre, « Les peintres genevois 1750-1950″ (Lausanne, Editions Favre, 2009). Ces cinq livres sont disponibles en librairie.

Suicide de FX alias François-Xavier Leuridan: le droit de s’en foutre

21 août 2011

Il y a quelques jours, une petite radio locale française organisait dans sa ville un micro-trottoir sur le suicide de FX, alias François-Xavier Leuridan, ex-star des émissions phares de TF1,  Secret Story et  Carré Viiiip. En gros, il s’agissait de recueillir la réaction du commun des mortels et, j’imagine, son émotion à vif en regard de ce drame. Or voilà que l’animateur radio m’apostrophe et me tend le micro. Je lui dis qu’entre le suicide de Primo Levi et celui de FX, il y a deux poids deux mesures. D’un côté, la mort  d’un homme dont la barbarie humaine a finalement épuisé la volonté de vivre. Son suicide nous est un enseignement terrible. Il nous signifie qu’au-delà d’un certain seuil d’ignominie — ignominie des bourreaux, mais aussi ignominie des victimes prêtes à tout pour survivre —, il n’y a rien qui puisse nous retenir, ni la gloire littéraire ni le statut de grand témoin de l’Histoire. De l’autre côté, la mort d’un abruti qui a choisi le raccourci des paillettes mensongères de la téléréalité pour se sentir exister et que l’ombre menaçante du retour à l’anonymat, avec obligation de donner un sens à sa vie en la construisant, a terrassé.

Enregistré en différé, le micro-trottoir passa le soir même à l’antenne. Sans mon commentaire…

 

ECAL: les Mickeys du design romand

21 février 2010

Ici on ne veut pas de gens qui sachent dessiner!
Album : Ici on ne veut pas de gens qui sachent dessiner!
Formatés à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne, nos jeunes designers romands se distinguent par l'indigence et l'insipidité de leur production. Parce qu'à l'ECAL, on leur demande en premier lieu d'oublier tout ce qu'ils ont appris auparavant.
4 images
Voir l'album

Cela s’est passé la semaine dernière. Une jeune lycéenne ou gymnasienne  lausannoise, brillante étudiante en histoire de l’art et douée tant en dessin qu’en photographie – je suis son prof d’histoire de l’art – s’est présentée à l’ECAL – Ecole Cantonale d’Art de Lausanne & Haute Ecole d’art et de design -, afin d’apporter une légère modification à son dossier de candidature, un dossier déposé dans les délais. Cette jeune fille espère en effet suivre l’ECAL qui jouit dans le monde d’une réputation flatteuse. Un prof l’a donc conduite dans la salle où sont stockés les dossiers de candidature et, pendant qu’elle apportait sa petite retouche, il s’est avisé d’un dessin au crayon exécuté par elle, un dessin qui met en valeur, outre sa sensibilité, une indéniable virtuosité. Il s’est alors exclamé: « Ici, on ne veut pas de gens qui sachent dessiner! »

La gratuité, le mépris, la faconde et l’imbécilité du propos sont incommensurables. Ils ressortissent à cette philosophie supérieurement idiote qui veut qu’on doit tout oublier en entrant à l’ECAL; que les cours antérieurs, nécessairement,  formatent négativement des étudiants qu’il faut javelliser si l’on veut en faire quelque chose; qu’à l’instar du Phoenix, il faut mourir à soi-même pour renaître à l’ECAL; que l’ECAL est tout et qu’hors de l’ECAL il n’est rien.

Il y a quelques années, des étudiants sortis de cette maison avaient exposé leur travaux au Musée de design et d’art contemporain de Lausanne. L’insipidité de leurs présentations y était symptomatique de cette philosophie de la lobotomie culturelle et manuelle. Je me permets de vous resservir l’article que j’avais écrit parce qu’il recouvre une indéniable actualité:

« On ne sait pas qui du Mudac (Musée de design et d’art contemporain de Lausanne) ou de l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne) avait été le plus grotesque dans cette histoire. L’un, pour avoir exposé douze travaux insipides; l’autre, pour avoir formaté les douze cornichons qui les ont crées. Invités à repenser le décor urbain, de jeunes designers romands ont en effet commis des prototypes dont la bêtise le dispute à la gratuité : un miroir pour fontaine ; un garde-fou transformé en colifichet; une chaise en acier thermolaqué la plus incommode et la plus inconfortable de toute l’histoire de l’humanité, sans oublier une plaque d’égout stylisée par où ce fatras indigne ira se déverser. La clé de ce gâchis se trouve dans la démarche suivie par les auteurs qui « ont laissé libre cours à leur imagination pour égayer le quotidien. » Le design contemporain ne se pense plus, il égaie. Il est cette part d’inutile qui se surajoute à l’utile, comme le gratuit s’invite au milieu de la presse payante. Le design romand relève du tape-à-l’oeil qui est à la vue ce que le tapage nocturne est à l’oreille.

Oubliée la leçon de Piet Mondrian dont l’austérité et la simplicité galvanisèrent le design du vingtième siècle. Dans sa « Composition » de 1922, le peintre avait organisé sa toile autour des trois couleurs primitives et du carré. Du mélange entre le rouge, le bleu et le jaune naissent le vert, l’orange et le violet dont les combinaisons engendrent la gamme infinie de la sphère chromatique. De même si l’on segmente le carré, il donne naissance à deux rectangles. Disposés perpendiculairement, ceux-ci forment une croix dont la rotation génère le cercle et ainsi l’infinie variété des formes de la nature prend son envol. Humblement, Mondrian avait peint la matière première de la création, la soupe primitive nécessaire à la formation de l’univers. Or cette œuvre élémentaire inspira le design de L’Oréal, de la Vie Claire, du mobilier, du prêt-à-porter et jusqu’à Yves Saint-Laurent. Nos jeunes designers romands, par contre, devraient bien vite tomber dans un grand trou de mémoire. »

Plonger dans la viscosité du monde: l’art pétrolifère

17 janvier 2010

Tabatière cachettée au goudron, 2006
Album : Tabatière cachettée au goudron, 2006
Une oeuvre de la série Noir désir de Jérôme Rudin.
1 image
Voir l'album

Il n’est pas innocent l’artiste qui se sert du pétrole comme d’un matériau propice à la création artistique. Il sait ce qu’il fait, il sait où il va. Il n’ignore pas qu’il convoque sur la toile une part de la misère du monde, avec ses haines et ses rivalités, avec son lot de guerres économiques et de marées noires.  Il n’ignore pas qu’il trempe sa peinture dans le consumérisme avide de nos sociétés occidentales, dont dix épuisent à elles seules les deux tiers de la production mondiale. Il n’ignore pas l’angoisse permanente qu’éprouvent les nations dépourvues de cette huile minérale et, conséquemment,  le ressentiment parfois violent véhiculé à l’encontre  de ces peuples du désert, légataires d’une terre d’or noir. « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », disait une propagande malsaine dont le non-dit, borderline, insinuait que ses heureux propriétaires jouissent, mais ne pensent pas.

Il sait où il va, l’artiste, quand il appréhende cette sombre matière et en décline les épaisses propriétés. Il sait que le pétrole est la métaphore moderne de la peau de chagrin balzacienne. Une addiction qui croît cependant que son tarissement inéluctable approche, et,  avec lui, l’apocalypse promis par les prévisionnistes taciturnes. Et alors que d’aucuns nous exhortent  à  la sagesse, à l’épargne et à la parcimonie, nous cédons avec davantage de frénésie aux plaisirs qu’il nous procure. « Carpe diem quam minimum credula postero » disait Horace (Cueille le jour sans te soucier du lendemain). Et comment voudrions-nous renoncer à la vie moderne dont les moindres strates ou les fibres les plus infimes nous ramènent à la ténébreuse roche carbonée ? Baromètre de nos énergies vitales, le pétrole s’immisce dans les plaisirs et les nécessités de l’Homme. Il est plastique et cosmétique, vêtements et macadam, combustible et médicaments ; il est le kérosène de nos voyages et le diesel de nos bouchons, sur la route du Sud et ses étés interminables. Tout cela, l’artiste ne le sait que trop bien.

C’est donc en conscience qu’il descend de sa tour d’ivoire et s’immerge dans la viscosité du monde. Il est désormais des nôtres,  qui respire la vapeur méphitique et enivrante de l’essence, qui s’effare de la ronde des prix du brut et s’émerveille, la nuit, devant  la formidable architecture des raffineries, à la périphérie des villes. Ce sont d’improbables vaisseaux fantômes, qu’allument quelques feux haut perchés, dans un chaos de cheminées, de tubulures et de ronflements, un labyrinthe de machines étincelantes et hostiles, un horizon de fureur et d’acier, un Voreux moderne où coule un sang noir. Le monde a les yeux de Chimène pour cette substance  de requiem dont l’aventure circonscrit la grandeur et la limite de l’Homme.

Les livres d’histoire nous enseignent qu’en des temps immémoriaux des mares de goudron, de part et d’autre du monde, ont englouti des bêtes inouïes, laissant aux paléontologues contemporains le soin de nourrir le savoir et la perplexité des hommes. Les récits de voyage racontent comment les grands explorateurs fendirent la houle et l’écume, étrennèrent des routes maritimes juchés sur le pont de caravelles colmatées au goudron de bois de Finlande. Les manuels de géographie célèbrent cet ancêtre du revêtement routier dont la reptation tranquille vainquit les sables du Sahel et convia les populations nomades à un festin de troc, dans les marchés improvisés sur les bas-côtés du long ruban noir. Les aventures de Lucky Luke nous rappellent enfin le sort réservé aux tricheurs de cartes dans le Far West légendaire: on les ramenait à la frontière du comté, le corps enduit de goudron et de plumes. Témoin ou acteur des grands drames cosmiques et des grandes farces de la comédie humaine, le goudron, à l’instar du silex et de l’ordinateur, archive la mémoire collective. Le temps s’y envase, la vie s’y embourbe dans un noir désir.

Or c’est précisément cette substance épaisse et visqueuse que le peintre Jérôme Rudin s’est appropriée pour la confection de sa nouvelle série de tableaux. Déposé sur la toile en longues bandes éraflées par les dents d’un grattoir ou d’un râteau, le goudron délimite sans transition des frontières abruptes, enlise tout ce qui fut peint ou collé précédemment dans un silence fossile. Matières plastiques, papier peint, tissus et brou de noix, tous figés dans la glu noire, n’abdiquent pas pour autant et affleurent à la surface comme les stigmates de la vie sourdent à l’entour des paupières ou des lèvres. La toile acquiert un relief que la capture de la lumière accentue et magnifie. En élisant la manière noire, Jérôme Rudin s’est assombri, assagi, agrandi. Il enterre sa vie de garçon dans les strates de sa peinture, sans la renier pour autant. Car les mains sales, plongées dans la veuve noire, perpétuent son goût jamais démenti pour les matières et les mélanges alchimistes. Seulement, l’artiste passe à autre chose et cette gravité du moment requiert de l’ombre. Rudin broie du noir avec un ineffable plaisir et apprivoise lentement ce matériau d’apparence inhospitalière et dérangeante qui n’en renferme pas moins des propriétés plastiques extraordinaires. Il n’est plus temps de rire de Jérôme Rudin. Il faut apprendre à regarder sa peinture et à s’y noyer.

Petits écoliers de St-Prex, fuyez vos parents!

6 janvier 2010

Verra-t-on ce logo au collège Sous-Allens?
Album : Verra-t-on ce logo au collège Sous-Allens?
C'est une tendance aujourd'hui: les parents n'entrent plus dans l'enceinte de l'école. Et les maîtresses, converties en garde-chiourme veillent au grain. Exemple navrant à St-Prex (Suisse).
1 image
Voir l'album

Je dois être bête, mais je ne comprends rien à l’éducation donnée à la petite enfance par les maîtresses d’école. A dessein, je n’utilise pas le mot « pédagogie » parce que ce dont je veux parler ici ne concerne ni l’enseignement, ni les activités ludiques ou sportives distillés par les enseignantes dans la classe. Non, ce dont je veux parler ici c’est de la relation que les petits enfants, sous l’injonction expresse et pour ainsi dire tyrannique de leurs maîtresses, doivent dorénavant entretenir avec leurs parents, à l’intérieur du périmètre scolaire.

J’ai un fils de 4 ans qui fréquente depuis août 2009 et pour la première fois l’école obligatoire vaudoise, à St-Prex (Suisse). Premier cycle de l’école enfantine et premiers émois: durant des semaines, mon fils m’a demandé chaque matin s’il devait aller à l’école. De temps en temps, il s’est roulé par terre en pleurant parce qu’il ne voulait pas y aller. Beaucoup d’esbroufe en somme, car à chaque fois que je l’ai vu ensuite entrer dans la classe, après l’avoir amené à l’école et tendrement embrassé, je l’ai toujours vu pépier de joie. Mon fils aime l’école, les chansons et les dessins qu’il me rapporte l’attestent mieux qu’un long discours.

Les premières semaines se sont ainsi bien passées. Je l’attendais à la sortie du cours, dans le hall de l’école en face de la porte de sa classe. La cloche tintait, les enfants sortaient et se précipitaient classiquement dans les bras de leurs parents. Joie! Gazouillis! Délivrance! Car mon fils redoute toujours cet instant. L’idée que personne ne viendra le chercher le hante. Combien de fois m’a-t-il prescrit, le matin, de l’attendre toute la matinée dans la voiture…!

Et puis un jour est arrivé où j’ai vu les enfants sortir de la classe à la queue leu leu, tête penchée, yeux rivés sur le sol. Ils ont trotté dans la direction des parents puis soudainement ont obliqué pour aller directement à leur vestiaire. Ce manège étonnant s’étant répété, puis définitivement substitué à l’ancien rituel, j’ai mis du temps à en comprendre les raisons. Mon fils m’a plus ou moins expliqué que les enfants ne devaient plus venir vers nous, que les adultes ne devaient plus aller vers eux. Quelques temps après, j’ai reçu une missive de l’école des mains de mon fils. Dans un style enfantin – mais dépourvu de taches et sans la moindre faute d’orthographe, parce que ce sont naturellement les maîtresses qui ont l’ont rédigée et elles se sont donné beaucoup de mal pour obtenir ce condensé de niaiseries candides et puériles (qui dira combien imiter un enfant est du ridicule le plus achevé!) – bref, dans cette lettre d’adulte en culotte courte, il était demandé aux parents d’affranchir leurs rejetons, de les sevrer, de les laisser s’habiller et se dévêtir seul, de participer activement à leur autonomie et à leur indépendance. En clair, de ne plus mettre les pieds dans le périmètre de l’école.

Sur le principe, j’adhère totalement. Ce qui m’agace en revanche, c’est le zèle systématique des maîtresses à appliquer la directive, c’est la traque aux exceptions, la réprimande aux indécrottables. Des mamans restent-elles aux abords de l’école pour discuter et dès lors voient-elles leurs enfants sortir en direction du terrain de sport, aussitôt une enseignante vient leur demander de partir au plus vite.. Outrepassai-je la règle en aidant mon fils, empêtré dans sa grosse doudoune hivernale aux manches ponctuées de gants à élastiques qui le gênent aux entournures, aussitôt la maîtresse m’incite à déguerpir… « Je suis là pour les aider au cas où » me dit-elle. Je lui rétorque, sur un ton peu amène, j’en conviens, que par deux fois mon fils, au sortir de la gymnastique, avait mis son pantalon à l’envers et qu’il ne s’était trouvé aucun Saint-Eloi pour le lui remettre à l’endroit!

Je repense à ces page de Montaigne dans les Essais où s’agissant d’éducation, il requiert des adultes qu’ils accompagnent les enfants. Je repense à ce film dynamite de Bertrand Tavernier, Ça commence aujourd’hui dans lequel un instituteur n’a de cesse de rétablir les ponts entre les adultes et l’école, entre les parents et leurs enfants scolarisés. Des ponts, des accompagnements, une transition entre les deux mondes, une passerelle harmonieuse où les enfants ne sont pas ôtés aux parents, où les parents sont bienvenus dans l’enceinte scolaire. Quand je lâche mon fils et que je le vois partir en classe, j’ai à cet instant le sentiment de lui passer un témoin, de lui donner un peu de moi-même, j’ai le sens d’une continuité, je ressens une unité d’ordre cosmique, celle des chaînons de la vie, de la marche de l’humanité. Accompagner mon fils pour le récupérer dans mes bras, c’est l’ordre harmonieux du monde. C’est signifier à l’enfant qu’on a accompli le même parcours, c’est attester que la maison, l’école, les parents, les maîtresses sont sous-tendus par une même intentionnalité, celle de son épanouissement progressif. Viendra bien un temps où mon fils me demandera lui-même de le déposer à 100 mètres de l’école.

A St-Prex, on joue l’inflexible rupture, on cisaille les fils intentionnels, on organise deux mondes séparés. Je gage que dans peu de temps, l’on verra fleurir sur le béton du préau ces lignes de démarcation imbéciles interdisant aux parents d’aller au-delà. Déjà, sur le portique d’entrée du collège, on peut lire ce mot de la direction, (je le cite de mémoire):

« Afin de ne pas entraver le bon déroulement des leçons, les parents sont priés de ne pas entrer dans l’école, avant la fin des cours. Et ceci par tous les temps. La direction. »

Le style bureaucratique, la note âcre, désobligeante, le soulignement appliqué, de même que l’absence du mot « Merci », me mettent à chaque fois en rage. Le signe extérieur délivré par le collège de Sous-Allens, collège dévolu aux petits pionniers de la vie qui, de toute nécessité, ne viennent jamais sans leur père ou leur mère, ce n’est pas « Bienvenue », mais « Casse-toi »…

Caroline Dechamby, l’ego tautologique

28 décembre 2009

http://www.caroline-dechamby.com/
Album : http://www.caroline-dechamby.com/
Visitez le site de cette artiste hollandaise installée à Crans-Montana pour y découvrir l'ego tautologique de la répétition redondante du pour-moi par moi, avec effet de miroir narcissique autoréfléchissant (en option).
1 image
Voir l'album

Caroline Dechamby, c’est Hélène d’Hélène et les garçons chantant « Hélène, je m’appelle Hélène ». C’est la stratégie monomaniaque de la redondance iconologique d’un même corps, le sien, qui se peint en train de peindre les tableaux des autres, puisqu’elle ne saurait inventer autre chose qu’elle même. Mais comme elle ne s’est pas inventée, et puisqu’elle ne saurait rien imaginer qui la dépassât ne fût-ce qu’un tout petit peu, elle ne peut que se décliner inlassablement en train de peindre ce qui a été créé par d’autres, en l’occurrence des toiles de maîtres. Elle copie Fontana, Mondrian, Magritte, Miro et se peint en train de copier. Effet de miroir reflétant un miroir vis-à-vis, effeuillage de l’oignon au centre duquel il n’y a ni coeur ni noyau, la peinture de Caroline Dechamby ouvre sur un grand rien, un vide abyssal d’où l’on ressort en songeant rageusement à ces artistes de lumière et de misère dont le génie devait transfigurer la condition humaine, mais que l’incompréhension du siècle mena à la déchéance et à la mort.

Caroline Dechamby s’est signalée il y a quelques années en apposant ses fesses humectées de peinture sur des plaques de verre. Caroline Dechamby, qui tient galerie à Crans-Montana où elle s’expose, offre ainsi son vase aux passants. Un vase où trempe un triste Narcisse.

 

 

Michael Lin ou la revanche des menus objets

17 décembre 2009

Biennale dart contemporain de Lyon 2009
Album : Biennale d'art contemporain de Lyon 2009
A visiter absolument jusqu'en janvier 2010 à la Sucrière, pour ne pas regretter d'avoir manqué l'installation de Michael Lin.
9 images
Voir l'album

A la Biennale d’Art contemporain de Lyon 2009, Michael Lin, qui n’est pas un inconnu ici puisqu’il y était déjà en 2005, propose une installation des plus originales. Le visiteur pénètre à l’intérieur d’une quincaillerie de Shanghai dont l’artiste a acheté l’intégralité des marchandises. S’étant ensuite livré à une activité proprement muséologique, consistant à répertorier, étiqueter, classer, archiver les innombrables articles, Michael Lin les expose en majesté dans des présentoirs, c’est-à-dire de grandes caisses de bois dont le format variable s’adapte à la qualité et à la forme des objets. Le visiteur se recueille ainsi devant des cendriers antédiluviens, des cuvettes en plastique, des brosses à récurer, un service à thé particulièrement kitsch, de pauvres objets en somme, sentinelles silencieuses et dociles de notre quotidien, de nos pratiques prosaïques et domiciliaires. Du capharnaüm étincelant de la quincaillerie, où ils s’entassaient, s’empilaient, s’amassaient, se congloméraient, dans un désordre de couleurs, les objets accèdent soudain à l’ordre, au silence et à la dignité culturelle que lui confère le lieu, que lui alloue le public. Abandonnant leur fonction utilitaire, ils accèdent à la beauté inutile de leur forme et de leurs couleurs, ils s’esthétisent.

S’agit-il d’une réminiscence du pop-art? Peut-être, mais la démarche semble exactement inverse. Avec Andy Wharol, l’art « descendait » dans le panier à commissions ou le caddy de la ménagère. Avec Michael Lin et son installation « What a difference a day made », les objets, comme réveillés de leur banalité pragmatique, s’élèvent et accèdent au rang d’oeuvre d’art.

 

Sharon Stone et alors!

3 décembre 2009

Sharon Stone in Paris Match, août 2009.
Album : Sharon Stone in Paris Match, août 2009.
C'est moins la question de la retouche photographique que la formule "et alors!" qui nous intéresse ici.
1 image
Voir l'album

« J’ai 50 ans et alors! » clamait l’été dernier Sharon Stone en couverture de Paris Match. « Je suis naine et alors! », « Je suis gay et alors! », « Je suis lesbienne et alors! », « Je vis avec un handicapé et alors! », « Je trompe mon mari et alors! »: la presse use de plus en plus régulièrement d’une formule qui ponctue aussi bien un coming out, qu’une situation jugée inhabituelle ou un mode de vie que soi-même ou les autres estimons déviants.

L’originalité de l’expression « et alors! » vient de ce qu’elle fonctionne de manière paradoxale: d’un côté, elle adopte un registre provocateur – je fais ce que vous ne faites pas, j’assume ce que la morale réprouve, je suis différent, mais je l’assume -, tout en s’efforçant de légitimer cette « anomalie », de la rendre inoffensive, de la nier. « Et alors! » est un coup d’accélérateur rhétorique et agressif visant à normaliser au plus vite une différence ou une déviance qui prendraient davantage de temps avant de se voir peut-être avalisée. De manière contradictoire, « et alors! » veut donc provoquer et banaliser.

Ce faisant, la formule cesse de montrer du doigt l’anomalie ou la bizarrerie en question pour désigner du doigt celles et ceux qui vivent dans la norme ou qui n’approuvent pas.  Elle tend à dire d’une part: « Je suis Autre » et d’autre part: « Si cela vous dérange, c’est que vous êtes vieux jeu, conservateur, idiot, coincé, etc. » « Et alors! » attente à la morale dans un premier temps, avant de moraliser hautement, dans un second temps. « Et alors! » s’efforce de normaliser ce qui était anormal et de rendre anormal la norme, le rejet, la désapprobation, le maintien des valeurs universellement adoptées. C’est la contradiction d’une revendication à la différence se doublant d’une quête de l’uniformité. Dès lors, à chaque fois que la presse use et abuse de cette formule, à dessein de secouer ses lecteurs, de jouer la carte de l’impertinence et pour leur signifier que leur journal bouge, à chaque fois qu’elle le fait, elle nous ramène en réalité au consensus et à ce cancer de la pensée qu’est l’uniformisation des modes et des pratiques.

Dans le cas de Sharon Stone, c’est une revendication à l’éternelle jeunesse et à l’éternelle beauté, « malgré » ses 50 ans d’âge, et en même temps une manière de nous signifier que sa plastique est désormais la norme, qu’à 50 ans on devrait tous être ainsi et que ceux qui ne le sont pas, ne le veulent pas, ne le peuvent pas ou encore sont les nouveaux déviants. Après Jacques Séguéla qui affirmait qu’à 50 ans, si l’on n’a pas une Rolex à son poignet, on a raté sa vie,  Sharon Stone impose une nouvelle tyrannie aux quinquagénaires… Et pour s’être prêtée à ce jeu imbécile, Sharon Stone n’est plus qu’une lessive hygiéniste, une eau de Javel qui efface toute altérité en croyant illusoirement, dans un premier temps, montrer sa différence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

France – Irlande ou la fragilisation de l’arbitre

23 novembre 2009

La main de Thierry Henry
Album : La main de Thierry Henry
Quand la France perd, dit-on, Raymond Domenech demande la main d'Estelle. Quand la France gagne, Raymond Domenech demande la main de Thierry...
1 image
Voir l'album

Jusqu’à quand les instances du footbal s’évertueront-elles à fragiliser les arbitres? Le match France-Irlande du 18 novembre dernier et la main fautive de Thierry Henry, condamnant injustement l’Irlande, ne devraient-ils pas inciter la FIFA à doter les hommes en noir de moyens de supervision du jeu adéquats, afin que pareille spoliation ne puisse plus se répéter?

La main de Thierry Henry, comme le rappelle justement Zinedine Zidane, est un « fait de jeu » qui aurait certes dû être sanctionné, mais qui, pour autant, ne constitue pas un attentat, ni un « crime contre le football ». C’est juste une faute, à l’instar d’un tacle trop appuyé ou d’une saisie illicite du maillot adverse. Accabler Thierry Henry, c’est donc se tromper de cible. Certains arguent que le joueur français, en tant que capitaine, eût dû s’excuser après match, voire aller sur le champ vers l’arbitre pour lui signaler son irrégularité. C’est beaucoup demander à un seul homme. C’est exiger de lui un exploit immense dont nous ne serions certainement pas capables, c’est souhaiter qu’il se mette en porte-à-faux avec notre temps qui est celui de la tricherie et du mensonge – nous pensons à l’affaire Madoff, à l’affaire Kerviel, au mensonge éhonté des Américains inventant des armes de destruction massive en Irak, nous pensons aussi à cette désespérante valorisation du « pas vu, pas pris » que notre société contemporaine érige en véritable éthique de la débrouillardise… Or force est de constater que Thierry Henry et nous pas davantage, n’avons la trempe des surhommes qui se dressent contre les moeurs du siècle, à l’instar d’un Victor Hugo.

Notre colère, c’est en direction de la FIFA qu’il nous faut la diriger. Parce que cette fédération n’a jamais voulu prendre en compte les bouleversements que la retransmission télévisée des matchs allait entraîner dans l’arbitrage. Autrefois, et jusque dans les années 1950, l’arbitre était celui qui voyait le mieux le jeu. Les spectateurs, les journalistes ou les auditeurs radio ne disposaient pas de moyens visuels susceptibles de leur permettre, en direct, de voir, de revoir de long en large les phases de jeu litigieuses. On s’en remettait à la sagacité et à la clairvoyance des hommes en noir, seuls juges après Dieu. On contestait, on dissertait, mais demeurait cette zone d’incertitude, cette absence de preuve par l’image qui préservait son aura à l’arbitre.

La retransmission télévisée a changé dramatiquement la donne. Téléspectateurs et journalistes jouissent du « replay » et du « slow motion ». De même, la multiplication des caméras disséminées sur les côtés, derrière les buts ou encore au-dessus de l’aire de jeu a permis de tout voir et de tout revoir, de sorte que plus rien n’échappe aujourd’hui ni aux téléspectateurs, ni aux journalistes.

Mais l’arbitre? Comme le dit très bien le philosophe Alain Finkielkraut, on est arrivé à cette situation absurde où le juge qui est le seul à décider dans un match de football, voit moins bien le jeu que les spectateurs ou les commentateurs, car il est le seul à se voir privé de l’apport technologique imparable de la vidéo… Par rapport à moi qui le regarde devant mon petit écran, l’arbitre voit moins bien le match qu’il est amené à diriger… Il est la Justice dont les yeux bandés l’empêchent d’exercer équitablement son métier…

Il est temps que la FIFA pallie à cette situation absurde. Qu’elle ne se contente pas, comme elle l’a fait, d’interdire simplement la diffusion du ralenti dans les stades, mais qu’elle accepte d’entrer en matière sur la question du juge vidéo ou sur celle de l’adjonction d’arbitres des 16 mètres. On ne lutte pas contre un apport technologique aussi incontournable que l’image vidéo, on s’en sert et on en profite pour rétablir un semblant d’équité dans le football.

 

 

De septembre 2007 à novembre 2009, ce qui a changé…

8 novembre 2009

Conseil fédéral, image controversée
Album : Conseil fédéral, image controversée
Avec ce photomontage s'achèvent mes chroniques "Actu côté culture" à l'antenne d'Espace 2. Le blog continue cependant...
2 images
Voir l'album

Pour ma dernière chronique dans le cadre des Matinales d’Espace 2, je me suis demandé ce qui – de septembre 2007 à novembre 2009 – avait changé. J’ai ainsi parcouru mes chroniques hebdomadaires et j’ai constaté que Christoph Blocher n’était plus conseiller fédéral, que Jean-Pierre Gattoni n’écrivait plus ses chroniques Au jour le jour dans « Le Matin », que l’ancien procureur de la Confédération, Valentin Roschacher, qui peint des montagnes comme on empile des classeurs fédéraux, n’avait pas encore consterné les cimaises d’une galerie romande, manquerait plus que çà…, que Nicolas Sarkozy avait épousé Carla Bruni afin que les Français cessâssent de s’intéresser à la visite controversée de Kadhafi à Paris, il y a peut-être une piste à suivre dans notre différent avec le leader lybien, non… ?, que le canton de Vaud n’était toujours pas doté d’un musée cantonal des Beaux-Arts digne de ce nom, que Christophe Mörgeli, appelé incidemment Mörgele-Menggele par Pascal Couchepin, était un miraculé de la circulation, que les JO de Pékin n’avaient pas fait l’objet d’un boycott, malgré notre cri d’indignation lancé à ce micro, nous sommes peu de choses, mon Dieu !, que les molosses et autres chiens imbéciles n’avaient pas défiguré suffisamment d’enfants pour qu’une législation fédérale les interdise enfin, que Jean-Pierre Elkabbach, qui avait annoncé par erreur la mort de Pascal Sevran, n’était plus le patron d’Europe 1, que le député au Grand Conseil vaudois UDC Pierre-Yves Rappaz, qui se déclarait cliniquement « anorexique de la culture », était toujours vivant, que Laurence Ferrari était toujours sur TF1, malgré le naufrage de son JT, que l’Agassizhorn, cette montagne des Alpes bernoises que d’aucuns voulaient débaptiser sous prétexte que le célèbre glaciologue Louis Agassiz avait émis des thèses racistes à l’encontre des Noirs, s’appelait toujours Agassizhorn, que les protons qui tournèrent quelques jours durant dans l’accélérateur de particules du CERN à Genève n’ont pas généré de trous noirs dans lesquels la Radio Suisse romande et le reste du monde auraient dû s’évaporer, que Micheline Calmy-Rey avait troqué son voile musulman contre un sac à main rouge sang, qu’entre deux pannes, le métro lausannois desservait de temps en temps les stations de la capitale vaudoise, que Rachida Dati, avec ou sans bague à 15’000 euros n’était plus Garde des Sceaux, que George Bush n’était plus Président des Etats-Unis, que Sœur Emmanuelle avait gagné le ciel, que Monseigneur Williamson avait été poliment mais fermement prié de fermer son clapet, que Pierre Maudet voulait encore effacer quelques graffitis genevois avant de briguer le Conseil fédéral…

J’arrête ce cortège, non sans ajouter deux choses au demeurant. Premièrement, je constate que l’actualité brûlante dont la presse se fait l’écho concerne une image controversée, la photographie du Conseil fédéral remanié, où, par la grâce de Photoshop, l’on s’est contenté de copier-coller Didier Burkhalter en lieu et place de Couchepin. Ainsi, pour notre plus grand plaisir, l’image fait-elle encore et toujours débat. Deuxièmement, je voudrais simplement dire la joie que j’ai eue à me retrouver dans ce studio d’Espace 2…

Vous pouvez voir la photographie controversée du Conseil fédéral en consultant l’album ci-dessus. Et écouter une dernière fois cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cloquant sur ce lien: www.rsr.ch

Darwin et les peintres animaliers de la préhistoire

1 novembre 2009

La traversée du marais par Mark Hallett
Album : La traversée du marais par Mark Hallett
Grande exposition à Lausanne pour célébrer les 200 ans de la naissance de Charles Darwin. Les peintres animaliers de la préhistoire sont pour beaucoup dans la popularité de l'histoire de la vie et de son évolution.
19 images
Voir l'album

Ouverte il y a juste une semaine, l’exposition « Oh my God ! Darwin et l’évolution » célèbre le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et le 150ème anniversaire de la publication de son livre phare, « L’origine des espèces ». Une exposition à voir jusqu’en septembre 2010 au Musée cantonal de zoologie de Lausanne.

On rappellera que Charles Darwin est le père de la théorie dite de la sélection naturelle. Reprenant à son compte le transformisme de Lamarck, Darwin postule que les organismes se transforment par le biais de modifications internes, de recombinaisons et de mutations héréditaires. Le mécanisme moteur de l’évolution des espèces est la sélection naturelle. Seules les espèces les plus aptes se maintiennent en vie, les autres étant éliminées. Dans cette concurrence vitale que Darwin appelle métaphoriquement « lutte pour la vie », les porteurs de variations avantageuses survivront donc. La concurrence et la sélection jouant à chaque génération, il se réalise lentement une somme de changements utiles qui conduisent les espèces à évoluer toujours dans un sens favorable par rapport à l’environnement. Le moteur de cette évolution ne repose donc sur aucune finalité d’ordre théologique, mais sur la nécessité de s’adapter pour ne pas mourir.

L’histoire de la vie et de son évolution est un domaine des sciences qui doit son immense popularité à l’iconologie et à des artistes peintres qui se sont spécialisés dans la reconstitution du passé, de sa faune et de sa flore. Certes, des noms comme Rudolph Zallinger, Charles R. Knight, Henry de la Bèche, Mark Hallett ou encore Zdenek Burian ne vous disent probablement pas grand-chose, en revanche vous avez tous admiré dans des livres leurs somptueuses fresques du Cambrien, où des créatures de la faune d’Ediacara scrutent de leur trompe les fonds marins du Schiste de Burgess, et leurs représentations du Carbonifère, où des libellules aussi grosses que des goélands patrouillent au sein des forêts humides et spongieuses, à la recherche de blattes géantes, sous la frondaison des grands prêles…

L’immense paléontologue Stephen Jay Gould (1941-2002), hélas trop tôt disparu, s’est passionné pour cette peinture des temps immémoriaux et a recensé quelques caractéristiques intéressantes. Premièrement, et alors que dans la nature, j’ai peine à voir un ou deux animaux sauvages de la journée, il y a toujours pléthore d’animaux préhistoriques réunis sur la toile, animaux marins et terrestres, volant et rampant, prédateurs et proies, habitants des lacs et des montagnes. Deuxièmement, selon que le livre est adressé aux enfants ou aux plus grands, l’on représentera tantôt des comportements maternels, d’entraide et de rassemblement, tantôt, et préférentiellement, des scènes de prédation effrayantes, un ichtyosaure croquant le cou d’un plésiosaure par exemple, cependant que les scènes d’accouplement sont scrupuleusement bannies. Troisièmement, enfin, la préférence des artistes va toujours aux vertébrés. Comme si l’avènement de nos ancêtres directs avait sonné le glas de notre intérêt pour les êtres multicellulaires, pourtant bien plus nombreux. Quoi qu’il en soit, ces images font rêver. Elles nous assaillent, écrit Gould, comme un voleur dans la nuit, nous rappellent, selon le mot de Jung, que nous traînons tous derrière nous une queue de lézard…

Vous pouvez admirer plusieurs œuvres de ces peintres animaliers en consultant l’album ci-dessus. Et écouter cette chronique telle qu’elle a été diffusée sur les ondes de la Radio Suisse romande, à la page des Matinales d’Espace 2, en cliquant sur ce lien: www.rsr.ch

 

 

12345...11